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Rienzi, le plus célèbre des trois opéras de jeunesse de Richard Wagner (les deux autres étant Les Fées et La Défense d’aimer), est à l’affiche du Théâtre des Champs-Elysées le samedi 16 février à 19h30 ; il sera donné en version de concert par l’Orchestre national de France dirigé, non pas par Jeffrey Tate, ainsi que le programme l’annonçait initialement, mais par Claus-Peter Flor. Le rôle-titre sera interprété par Thomas Moser, qui sera accompagné notamment de Nancy Gustavson dans le rôle d’Irène et d’Yvonne Naef dans celui d’Adriano.
Créé en 1842, jouissant d’un succès immédiat et qui ne se démentit pas en Allemagne tout au long du XIXe siècle, cet opéra, contemporain du Vaisseau fantôme (créé en 1843), est passé peu à peu au second plan au XXe siècle : Wagner lui-même le renia quelques années après sa création, et ne le retint pas dans la liste de ses ouvrages donnés au Festival de Bayreuth. Il est vrai que nous n’avons pas souvent l’occasion d’entendre Rienzi aujourd’hui, parce qu’il apparaît moins intéressant que les productions suivantes de Wagner. Celui-ci a d’ailleurs clairement composé cet opéra en vue de remporter avant tout un succès auprès du public : ce qu’il ambitionne à la fin des années 1830, c’est d’échapper à ses problèmes financiers et de conquérir Paris, où triomphe à l’époque le grand opéra français, incarné par Meyerbeer, l’auteur de Robert le Diable et des Huguenots. Wagner est donc prêt à employer tous les moyens destinés à satisfaire le goût du public : musique grandiloquente, utilisation de chœurs, ballet… Rienzi présente ainsi de nombreux passages sacrifiant à ces exigences. L’histoire de Cola di Rienzo, tribun romain qui voulut renouer, au XIVe siècle, avec le prestigieux passé de Rome, encouragea une révolte contre les aristocrates au pouvoir et finit abandonné de tous et assassiné sur le Capitole dans un incendie allumé par le peuple romain lui-même, offrait une matière particulièrement adéquate pour mettre en scène un spectacle impressionnant et grandiose, apte à frapper les esprits. Et le succès ne se fit pas attendre… Rienzi n’est-il pas, selon le mot du chef Hans von Bülow, le meilleur opéra de Meyerbeer ?
Cependant, ce qu’il intéressant de constater aujourd’hui, ce n’est pas cette part trop importante d’effets passés de mode, mais le talent éclatant de Wagner et l’apparition de préoccupations tant artistiques que politiques qui l’habiteront durant une grande partie de sa vie. Ainsi, outre qu’il fait entendre une musique de grande qualité s’inscrivant dans la lignée de Beethoven et de Weber (dont l’influence est sensible dans l’ouverture), certaines scènes de Rienzi préfigurent manifestement des passages des opéras à venir de Wagner : comment par exemple ne pas penser, quand on assiste à l’embrasement final du Capitole et à la mort de Rienzi et d’Irène dans l’incendie, à l’immolation par le feu de Brünnhilde à la fin du Crépuscule des dieux ? De même, s’affirme dès cet opéra la thématique, fondamentale dans l’œuvre de Wagner, de l’individu solitaire, unique, appelé à régénérer le monde : ici le rachat du monde passe par la révolution, car Wagner expose de cette manière des idées qui le conduiront à une prise de position radicale en 1849. Apparaît aussi au cœur de l’opéra un couple principal, Irène et Rienzi, esquisse d’autres couples futurs se vouant un amour absolu.
Comme tout œuvre de jeunesse d’un compositeur génial, Rienzi est donc plus riche et plus complexe qu’il n’y paraît à première vue, et, si la boutade de Bülow peut se justifier d’après certains aspects de l’opéra, son intérêt et sa place dans la production de Wagner, malgré le rejet que ce dernier a manifesté à l’égard de son ouvrage, mérite que l’on s’y attache davantage et qu’on le redécouvre, afin de bien saisir tous les maillons d’une chaîne de chefs-d’œuvre absolus de la musique. L’occasion d’écouter Rienzi est trop rare encore pour que l’on puisse manquer d’assister au concert du 16 février au Théâtre des Champs Elysées .
Christophe Corbier
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