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Rédacteur en chef : Alain Cochard
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09 Février 2002 - Fin du cycle d’Esa-Pekka Salonen consacré au compositeur Magnus Lindberg


Magnus Lindberg et Esa-Pekka Salonen (ci-contre) sont de retour à la Cité de la Musique pour le dernier concert du cycle « Carte blanche à Magnus Lindberg », inauguré au mois de novembre 2001. Lors des deux concerts donnés par Salonen à la tête du Philharmonia Orchestra, nous avions pu entendre deux compositions importantes de Lindberg, ainsi que les œuvres majeures des compositeurs du vingtième siècle (Bartok, Lutoslawski, Stravinski) qui ont profondément influencé le Finlandais, en particulier une interprétation du Sacre du Printemps, implacable, déchaînée, impressionante de puissance, et qui mettait bien en valeur la parenté qui lie Stravinski et le compositeur de Kraft et de Cantigas.

Dans cette série de concerts qui joue sur les rapports de filiation entre Lindberg et ses aînés, et sur les multiples influences reçues et revendiquées par le compositeur finlandais, il restait deux musiciens absolument essentiels pour saisir la richesse de sa musique : Alban Berg et Jean-Sébastien Bach. Le premier est en effet l’un des représentants emblématiques du sérialisme, qui a marqué et enrichi l’écriture de Lindberg, lequel se réclame dans certaines de ses œuvres de l’Ecole de Vienne et du post-sérialisme, et a subi l’influence de compositeurs comme Boulez ou Grisey : c’est ainsi que le Philharmonia et la violoniste Sarah Chang interpréteront le « Concerto à la mémoire d’un ange », œuvre la plus célèbre de Berg. Il n’est d’ailleurs pas surprenant que Berg ait joué un rôle important dans la formation de Lindberg, puisque ces deux compositeurs ont en commun un sens de l’architecture, de la forme et de l’orchestration particulièrement subtil et profond, ce qui les unit de fait à Bach, le troisième compositeur de ce concert. En effet, ce n’est pas un hasard si ce dernier est associé à cette soirée de plusieurs manières : le concerto pour violon de Berg se place clairement sous le signe de Bach, puisque l’on entend dans le second mouvement un écho du choral « Es ist genug » de la cantate « O Ewigkeit, du Donnerwort ! » BWV 60 : de Bach à Berg, du XVIIIe siècle au XXe siècle, le lien est établi. Mais de Bach à Lindberg, un autre lien se tisse, et c’est une adaptation, faite par Lindberg, de la splendide et déchirante cantate BWV 82 « Ich habe genug » que joueront en début de concert Salonen et le Philharmonia.

Cet hommage rendu à Bach n’est pas étonnant : Lindberg affirmait en effet dans un entretien paru dans les cahiers de l’IRCAM durant les années 1990 qu’il souhaitait retrouver dans ses compositions plusieurs éléments de l’écriture classique, comme la mélodie et l’harmonie, sans pour autant en revenir à des pratiques purement tonales telles que celles qui sont employées aujourd’hui par de nombreux compositeurs. Les auditeurs ont d’ailleurs pu le constater dans Cantigas, donné le 24 novembre, qui faisait entendre l’intervalle de quinte, présent dans toute la partition, sans que cet intervalle ne produisît d’accords tonaux, classiques. Il est donc naturel que Lindberg revendique sa filiation avec le père de la musique moderne. La troisième œuvre du prochain concert, enfin, est une pièce de Magnus Lindberg lui-même et s’intitule Aura. Celle-ci a été composée en 1993-1994 et appartient précisément à la période où Lindberg a voulu revenir à une écriture plus claire, plus limpide : c’est l’époque où il compose des pièces comme Joy, Corrente, ou le Duo concertante pour clarinette, violoncelle et ensemble. Elle s’inscrit donc dans ce retour au « classicisme moderne » et constituera sans doute une parfaite conclusion pour ce concert. Gageons que Salonen et le Philharmonia, qui avaient si bien souligné les relations unissant Lindberg à ses illustres prédécesseurs, sauront de nouveau nous éblouir dans ces trois œuvres clôturant un cycle de concerts absolument enthousiasmants. Cité de la musique les 9 février. Vous pourrez retrouvez Esa-Pekka Salonen à la tête du Philharmonia Orchestra interprétant une œuvre de Lindberg, Moussorgski et Sibelius au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, le 8 février.

Christophe Corbier

Photo : Sony/Gluschkoff

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