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Rédacteur en chef : Alain Cochard
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09 Avril 2009 - Compte-rendu - L’Ensemble Calliopée rend hommage à Martinu au CRR de Paris - Martinu partagé



Grande figure de la musique tchèque aux côtés de Smetana, Dvorak et Janacek, Bohuslav Martinu est particulièrement à l’honneur cette année puisqu’elle marque le 50e anniversaire de sa disparition. Dans le cadre de sa présidence de l’Union Européenne, la République tchèque a lancé un projet intitulé « Martinu revisited »(1), d’autant plus opportun qu’il reste beaucoup à faire pour que la vaste production de l’auteur de Juliette (son catalogue, établi par Harry Halbreich, approche les 400 numéros !) soit appréciée à sa juste valeur.

Inscrite dans le cadre de ce projet, la récente Journée Martinu du CRR de la rue de Madrid y aura contribué de façon significative. Outre le vernissage de l’exposition itinérante proposée par le Musée national tchèque(2), l’entreprise aura permis de retrouver l’Ensemble Calliopée. Rien de plus normal que la présence de cette formation quand on sait l’énergie qu’elle déploie depuis une décennie en faveur du répertoire tchèque (on a d’ailleurs souvent eu l’occasion d’apprécier son travail au Centre culturel tchèque, rue Bonaparte).

Le concert de Calliopée au CRR présentait toutefois un caractère particulier dans la mesure où, au terme d’un important travail mené en amont, les instrumentistes l’ont partagé avec des étudiants issus de la classe de musique de chambre de Marie-France Giret. C’est là une illustration de la politique d’ouverture menée par Xavier Delette, directeur de l’établissement depuis la rentrée 2005, et du niveau remarquable de jeunes musiciens qui ont su apprivoiser le langage très spécifique de Martinu.

Concert partagé ? Sous l’impulsion de leur directrice artistique Karine Lethiec, les musiciens de Calliopée ont en effet pleinement joué le jeu, laissant d’abord toute la place aux élèves du CRR pour des extraits du Quatuor avec piano H. 287 (par Camille Fonteneau, Erika Emans, Mélanie Badal et Jeanne Jourez) et de celui avec hautbois (par Mandy Quennouelle, Maéva Laroque, Marie Gilly, Thibaut Lebrun). Ferveur, sens poétique : la soirée commence bien !

Vient ensuite le fameux H. 136, Trio à cordes composé en 1923-1924 au moment de l’arrivée de Martinu à Paris – pour un séjour de trois mois qui dura finalement… dix-sept ans ! On croyait cet ouvrage définitivement perdu jusqu’à ce qu’il soit retrouvé en 2005 par la musicologue Eva Velicka à la Bibliothèque royale danoise de Copenhague. Le 17 janvier 2008, au CRR de la rue de Madrid déjà, Calliopée avait donné la création française de cette composition de jeunesse et sont des musiciens de cet ensemble (Saskia et Karine Lethiec, Florent Audibert) que l’on retrouve pour une exécution à la fois jaillissante, lyrique et foisonnante de timbres, à l’image de l’enregistrement(3) que Calliopée vient de signer de cette œuvre, au sein d’un beau programme où l’on trouve par ailleurs les Fêtes Nocturnes H. 376, les Quatuor avec piano H. 287, et le Quintette à Cordes H. 164 - une introduction idéale à la musique de chambre de Martinu.

Pour l’anecdote ce disque a été enregistré dans le Limousin, à Villefavard, c'est-à-dire très exactement à l’endroit où Bohuslav Martinu et sa femme Charlotte trouvèrent refuge, lors de la débâcle de 1940. La maison où ils logeaient appartenait à Charles Munch… C’est ce que l’on aura pu apprendre en découvrant le passionnant documentaire réalisé par Olivier Segard sur le Trio à cordes et les circonstances dans lesquelles il a été redécouvert. Projeté en prélude au concert ce film, intitulé « H. 136 », accompagne sous forme de DVD le CD Martinu des Calliopée.

Hommage à Martinu, la soirée du CRR s’ouvre aussi à la création. Jeune compositeur tchèque établi en France depuis plusieurs années et auréolé de beaux succès chez nous comme à l’étranger, Krystof Maratka fait entendre une pièce pour clavecin amplifié, Melopa, dont la création mondiale est confiée à Elisabeta Chojnacka. Avec l’aplomb et l’énergie qu’on lui connaît, la grande prêtresse du clavecin contemporain défend une réalisation extrêmement volubile et lumineuse, construite autour d’un motif ostinato, et que referme une section lente, grave et interrogative. Réussite indéniable que cette première composition pour clavecin de Maratka ; puisse-t-il ne pas en rester là.

A Martinu revient évidemment de conclure : on entend d’abord l’Allegro moderato du Trio avec piano en ré mineur, conduit avec un beau feu intérieur par trois élèves du CRR (Philippe Chardon, Raphaël Lang et Cécile Sagnier), puis les Fêtes Nocturnes H. 376. Datée de 1959, année de la mort de Martinu, cette partition compte parmi les plus originales de la production chambriste Martinu (elle fait appel à une singulière alliance de timbre : trio à cordes, clarinette, harpe et piano). Après un premier mouvement joué par les musiciens de Calliopée - Julien Hervé (clarinette), Sandrine Chatron (harpe), Saskia Lethiec (violon), Karine Lethiec (alto), Florent Audibert (violoncelle) et Frédéric Lagarde(piano) -, ceux-ci laissent la place aux jeunes du CRR pour l’Andante moderato dont Ludovic Thilly (violon), Louis Bona(alto), Anaïs Laugénie (violoncelle) et Marion Ravot (harpe), Maïté Atasay (clarinette) et Xiao Tan(piano) extraient tout le suc poétique – chapeau, car ce morceau tout en nuance n’est pas une mince affaire !

Parfait de résumé de l’esprit de partage de ce concert Martinu et de sa réussite, le finale Poco Allegro réunit trois membres de Calliopée à trois élèves du CRR (L. Thilly, A. Laugénie, M. Ravot). Un sympathique jeu de chaises musicales qui permet de juger une fois de plus de l’implication des élèves de Marie-France Giret dans cette Journée Martinu et, pour certains auditeurs, de découvrir un chef-d’œuvre trop méconnu de la musique de chambre du maître tchèque.

Alain Cochard

Journée Martinu au CRR de Paris, Auditorium Marcel Landowski, 9 avril 2009
(1) Pour plus d’informations sur le projet « Martinu revisited » on se reportera au site de l’Institut Bohuslav Martinu de Prague : www.martinu.cz

(2) Après Berlin et Bruxelles et avant Luxembourg et Varsovie, cette exposition (entrée libre) fait halte au CRR (14, rue de Madrid, 75008)

(3)1 CD/ DVD ALPHA (réf. Alpha 143)

Photo : DR

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