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Rédacteur en chef : Alain Cochard
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01 Octobre 2008 - Nancy - Compte-rendu : Divorce à l'italienne - L'avant-garde saisie par le comique



Laurent Spielmann directeur du dernier Opéra labellisé « national », celui de Nancy-Lorraine, n'a jamais oublié qu'il fut le patron de « Musica », le festival de l'avant-garde musicale de Strasbourg qui se déroule d'ailleurs en ce moment. Ainsi pour marquer son entrée dans le cercle fermé des nationalisés et pour ouvrir sa saison, il a passé commande avec l'aide du Ministère de la Culture d'un opéra à l'Italien Giorgio Battistelli (né en 1953) qui a puisé pour la troisième fois dans l'âge d'or du cinéma italien. En effet, après Théorème d'après Pasolini et Prova d'orchestra d'après Fellini, voici Divorce à l'italienne d'après le film éponyme de Pietro Germi avec Marcello Mastroiani en héros sicilien (1961). Le compositeur a conçu lui-même les vingt-trois scènes formant ce qu'il appelle une « Action musicale pour le crépuscule de la famille ». C'est qu' au sortir de la représentation vous pourriez vous écrier à l'instar de Gide: « Familles, je vous hais! »

Mais avant, vous aurez bien ri. Car ça n'est pas le moindre paradoxe d'une partition atonale sans concession à la mode post-moderne de ne pas engendrer le moindre ennui, mais au contraire une hilarité soutenue par la marche de ce vaudeville sicilien. Kagel qui avait l'humour chevillé au corps, eût adoré le résultat. Le public aussi. Il faut dire que Nancy a mis les petits plats dans les grands : orchestre et choeurs maison ont travaillé d'arrache-pied pour apprivoiser l'ouvrage et se montrer à la hauteur d'une distribution internationale d'un professionnalisme et d'une homogénéité exemplaires. Ils ont été magnifiquement aidés par le chef Daniel Kawka qui nage comme un poisson dans les eaux de l'avant-garde.

Mais c'est qu'ici il faut de la distance qui ajoute la dimension humoristique. L'orchestre suit tous ces changements de climats. On est dans la tradition italienne de Maderna et de Berio, de Hans Werner Henze aussi, voire du Belge Philippe Boesmans. Mais avec un livret de commedia dell'arte ! Et là chapeau au metteur en scène britannique David Poutney et au décorateur Richard Hudson qui tirent le feu d'artifice de ce bal du cocu magnifique... par volonté puisque c'est la meilleure façon qu'il a trouvée de se débarrasser d'une épouse encombrante. La douzaine de chanteurs solistes sont autant d'acteurs prodigieux qui plongent la salle dans le bonheur de ce vaudeville au pays de la mafia.

Il y a toute une typologie quasi napolitaine: le barbon libidineux, la matrone castratrice, le quinquagénaire saisi par le démon de midi, l'ingénue libertine dans son lit-cage qui descend des cintres... Mais Battistelli ne facilite pas la tâche à ses interprètes: dans sa détestation de la famille et dans sa dénonciation du matriarcat, il recourt, en effet, au travestissement. Mais pas à la manière d'un Peter Eötvös qui confie ses Trois sœurs à autant de contre ténors. Ca ne suffit pas à son trait caricatural ! On pense, bien sûr, et lui y a songé, aux fameuses nourrices baroques de Monteverdi chantées par des hommes qui contrefont la vieille femme. Rien de cela ! Rosalia, la femme de Fefé le hobereau en mal d'amour est un baryton- basse. Et comme l'Italien Bruno Pratico a le physique de Jean-Claude Dreyfus, c'est vraiment une charge au canon : quand le mari est ténor et la forte femme baryton, on sait qui porte la culotte ! Un couple à la Dubout.

La mamma aussi est une basse qui mène toute sa maisonnée à coups de marmites de pâtes (l'excellente basse autrichienne Peter Edelmann). Le fils, le malheureux Fefé, est l'excellent ténor autrichien Wolfgang Ablinger-Sperrhacke qui sait ne pas faire regretter le grand Mastroiani dans ce rôle de vitellone sur le retour. Comme l'oiseau de la forêt du Ring, le soprano enchanteur de la Roumaine Theodora Gheorghiu campe une séduisante Angela. Tous sont à féliciter tant ils jouent et chantent avec bonheur: la réussite d'une équipe.

Jacques Doucelin

Opéra de Nancy, le 1er octobre. Prochaines représentations: 3, 7 octobre( à 20h), 5 octobre 2008( à 15h). Renseignements : 03 83 85 30 60.

Photo : DR

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