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Je lis vos chroniques régulièrement et la dernière me fait réagir et je vous livre mes pensées, à titre vous le savez bien, très amical….
Je ne parlerai bien sûr que pour l’opéra de Bordeaux…
Nous essayons le plus souvent possible de coproduire. Mais ce n’est pas toujours la meilleure solution à apporter. Nous essayons toujours de trouver un juste équilibre entre les nouvelles productions, les co-productions, les reprises ou les locations. Nous devons tenir compte des productions qui existent chez nous (d’où une reprise au moins une fois par an), et aussi des activités de nos ateliers.
Nous tenons toujours compte de la particularité merveilleuse de nos ateliers (je parle pour tous les théâtres français) de construction, de costumes, de perruques, d’accessoire… ces ateliers sont des conservatoires de métiers rares et nous devons faire appel à eux le plus possible. Si nos ateliers ne fonctionnent plus ce sera tout un savoir faire qui disparaîtra.
J’analyse notre saison actuelle :
Pour Tosca notre distribution était très avancée. Nous savions bien que Nantes en avait une, mais les (excellents) metteurs en scène Caurrier et Leiser souhaitent le plus possible avoir leur mot à dire dans les distributions et la notre était bien trop avancée. Nous avons donc décidé de faire la notre, et nous espérons justement qu’elle pourra tourner facilement.
Phaedra et Didon est une reprise de la très belle production de l’Opéra de Nancy.
la Périchole est l’exemple même de ce que vous prônez : Nicolas Joël est venu voir l’Elixir d’Amour chez nous à Bordeaux. Nous lui avons dit que nous avions le projet d’une Périchole avec Omar Porras, il y dit, ok, faisons là ensemble. Et comme sa période commençait avant la nôtre, elle sort d’abord à Toulouse, puis chez nous avec une autre distribution. Elle sera aussi reprise à Lausanne la saison qui suit.
Pour le Tour d’Ecrou, nous avons voulu en faire une nouvelle production, avec Dominique Pitoiset qui est le directeur du CDN de Bordeaux et avec lequel nous souhaitons collaborer depuis longtemps... Nous donnons 4 représentations à Bordeaux, 1 à Arcachon et une à Périgueux, répondant également à une demande de nos tutelles de tourner nos spectacles en région. Ce qui en Aquitaine n’est pas chose aisée, car il existe très peu de salles équipées d’une fosse et de cintres.
Pour Tannhäuser, je ne crois pas qu’il existe en France une production qui puisse tourner. Nous aurions pu louer celle de Nancy, mais nous coproduisons beaucoup avec ce théâtre, et faire une nouvelle production était une belle occasion de faire appel au talent de Berutti/Sabounghi. Le Couronnement de Poppée est la première coproduction que le Festival de Glyndebourne fait avec une maison étrangère ce dont nous sommes très fiers.
Et puis et puis encore cher Jacques, le revers de la médaille de trop de coproductions, c’est que cela raréfie le travail pour les metteurs en scène, décorateurs et autres costumiers ! et nous avons tant de grands talents !
Autres pensées : Notre production du Vaisseau Fantôme de Francesca Zambello a été ou sera reprise à Marseille, Nancy, Bergen, Monte Carlo et Saint Etienne. Notre production des Noces de Figaro de Robert Carsen a été ou sera invitée au Théâtre des Champs Elysées, Gênes, Bologne, Barcelone, Tel Aviv….
Ceci est dû a des rencontres qui existent et sont très fructueuses entre directeurs de théâtre soit en France (via la Réunion des Opéra de France), soit internationalement, via OperaEuropa. (Les deux organisations professionnelles auxquelles nous appartenons).
Il faut aussi noter que parfois, le prix de location d’une production aux tarifs Réunion des Opéras de France ou d'Opera Europa reviennent parfois aussi cher qu’une production faite maison. (Surtout lorsque l'on donne un grand nombre de représentations). Et comme je tentais de l’expliquer plus haut, nous tenons à faire vivre nos ateliers.
Les Ego démesurés ne sont pas notre raison d’être bien au contraire, et je peux vous assurer que nous essayons d’être d’abord au service du public et des artistes… tout en respectant les demandes de nos tutelles et malgré de lourdes contraintes économiques très présentes aussi.
Je vous embrasse bien fidèlement, et me réjouis toujours de vous lire.
Isabelle Masset
Directrice adjointe artistique
Opéra National de Bordeaux
La Chronique de J. Doucelin - Le temps des ego est révolu
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