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Aucune basse italienne de talent ne peut ignorer le formidable rôle que Pizzetti donna au théâtre lyrique moderne : le Becket du drame d’Eliot s’incarne tout entier dans une partition qui flirte sans cesse avec le chef-d’œuvre. Son orchestre fuligineux, son recitativo continuel où s’exaltent les débats philosophiques de l’Archevêque, avec lui-même ou avec les tentateurs, le resserrement de son action, tout concourt à faire d’Assassino nella cattedrale la partition lyrique maîtresse de Pizzetti, même si Fedra ou Debora e Jaele sont autant d’œuvres fortes.
Ruggero Raimondi voulait immortaliser le rôle à l’image. Il y parvient au-delà de toute espérance, acteur formidable mais également chanteur consommé. Avouons que seul Hans Hotter – et dans une épuisante traduction allemande – a su exposer les tourments de Becket avec l’intensité et la puissance suggestive qu’y apporte aujourd’hui Raimondi. Les comprimari sont formidables, la mise en espace de D’Onofrio, dans le cadre sépulcral du Duomo de Bari, habile : elle inclut l’orchestre, disposé dans le chœur, montre le public et parvient à intégrer le tout dans une action dramatique continue qui recourt au cinéma. On tient là une alternative moderne aux opéras filmés qui défrayèrent la chronique dans les années soixante-dix. Ce DVD constitue une introduction idéale à une partition maîtresse et toujours assez peu connue en France.
Jean-Charles Hoffelé
Ruggero Raimondi, Paoletta Marrocu, Sonia Zaramella, Luca Casalin, Saverio Fiore, Filippo Bettoschi, Elia Fabbian, Salvatore Cordella, Massimilano Valleggi, Antonio De Gobbi, Istvan Kovacs, Coro ATER, Orchestre Symphonique de la Province de Bari, Piergiorgio Morandi.
Mise en scène : Daniele D’Onofrio (2006)
Decca 0743253. Distr. Universal
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