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Y-a-t-il une érosion du tiercé Mahler-Lucerne-Abbado ? On sait que les exécutions de cette Troisième Symphonie furent entachées de difficultés qui rappelèrent que l’œuvre reste redoutable même pour un orchestre de super-solistes. Elles sont encore patentes dans la captation du 19 août, surtout dans le vaste premier mouvement où la cohésion entre les pupitres fait souvent défaut, outre que le récit d’Abbado y manque ostensiblement d’âpreté. C’est d’ailleurs le geste trop lissé du chef, tournant le dos au ton épique de la partition, qui empêche cette lecture corsetée d’atteindre à la virtuosité expressive des jalons précédents (enfin surtout des 2e et 7e Symphonies). Cette volonté de distance s’était déjà imposée contre l’œuvre durant l’édition précédente, produisant une 6e Symphonie presque anecdotique. On admirera sans réserve l’élégance des deux scherzos intermédiaires, musique de solistes justement, pour s’ennuyer un peu au Nietzsche bien sage d’Anna Larsson, avant de retrouver enfin un geste dès l’entrée du chœur d’enfants. Abbado semble enfin ressaisir l’œuvre, pour la conduire vers une péroraison magique de fluidité et d’urgence. Il n’est jamais trop tard pour bien faire.
Jean-Charles Hoffelé
Gustav Mahler
Symphonie n°3
Anna Larsson (contralto), Choeur Arnold Schoenberg, Chœur d’Enfants de Tölz, Orchestre du Festival de Lucerne, Claudio Abbado.
Medici Arts 2056338 (Distr. Harmonia Mundi)
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