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Deux productions de Simon Boccanegra distantes de vingt trois ans : les décors somptueux et le réalisme soigné du spectacle réglé pour la grande scène du Met par Tito Capobianco, même chichement éclairés pour une captation télévisée, portent à eux seuls un spectacle où la direction d’acteur n’est qu’indicative. Le Met avait monté Boccanegra pour Sherrill Milnes, Corsaire impétueux et père torturé : l’acteur est toujours aussi prodigieux mais sa voix n’est plus qu’un souvenir.
L’incarnation pourtant reste majeure, tout comme celle du Fiesco amer de Paul Plishka, étreint par une fureur constante. Vasile Moldoveanu, avec ses aigus couverts, reste un Gabrielle Adorno bien générique. Il est un rien trop tard pour l’Amelia d’Anna Tomowa-Sintow. Son air d’entrée la trouve en mauvaise voix, mais l’instrument reprend sa puissance et sa nacre à mesure, et elle transporte le grand ensemble du second tableau de l’acte I avec un art consommé. James Levine dirige en force, sacrifiant les sfumature d’une partition qui est l’œuvre du plus grand Verdi.
En comparaison des fastes du Met la réalisation bolognaise pourra paraître bien modeste, mais elle bénéficie d’une direction d’acteur autrement affirmée. Les personnages y apparaissent dans leur complexité, dessinant plutôt des destins que des silhouettes. Roberto Frontali est simplement épatant de grandeur et de nostalgie, même si il manque à sa voix ces aigus de grâce que Verdi demande contre tout le reste du rôle, et Giacomo Prestia campe un Fiesco sensiblement plus humain que ne le veut la tradition. Giuseppe Cipali chante toutes voiles dehors, solaire, habité, dessinant de Gabriele Adorno un portrait plus viril qu’à l’habitude, et son Amelia reste la vraie révélation de ce spectacle : Carmen Giannattasio s’est fait en quelques saisons un nom sur les scènes transalpines. La voix, un peu basse parfois, est d’une beauté entêtante, l’artiste expressive et très juste de style se double d’une actrice subtile. En fosse une des toutes jeunes baguettes italiennes, Michelle Mariotti, trouve les voies secrètes de l’œuvre, approchant les subtilités qu’Abbado et Gatti y avaient dévoilées. Ce n’est pas un mince compliment.
Jean-Charles Hoffelé
Sherrill Milnes, Paul Plishka, Anna Tomowa-Sintow, Vassile Moldoveanu, Richard J. Clark, Chœur et Orchestre du Metropolitan Opera de New York, James Levine. Mise en scène Tito Capobianco (1984)
DG 00440 0734403.
Roberto Frontali, Giacomo Prestia, Carmen Giannattasio, Giuseppe Cipali, Marco Vratogna, Chœur et Orchestre du Teatro Communale de Bologne, Michele Mariotti. Mise en scène Giorgio Gallione (2007). Arthaus 101 307.
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