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C’est fait, Karajan est ici passé de l’autre côté de la caméra. On n’est jamais mieux servi que par soi-même. Les ouvertures rappellent comment le chef autrichien savait infuser le monde de l’opéra au concert. Un très inhabituel 2e Concerto de Rachmaninov, pris ample et très soutenu par l’orchestre, agacera autant qu’il séduira. Où Weissenberg a-t-il été chercher ces sonorités en plexiglas ? Mystère. Mais il faut l’entendre dire avec cette énergie contenue, ce ton implacable une part souvent peu montrée d’une partition qu’il sauve de toute sentimentalité. Les sommets sont bien entendu les pages françaises : Mer fuligineuse, où Karajan enchaîne les mouvements avec une sorte de hâte irrépressible, Prélude incroyablement ductile, sensuel et presque vif, tout en musique de chambre, et une Deuxième Suite de Daphnis éblouissante.
En complément un documentaire signé Vojtceh Jasny, médiocrement agencé, mais qui permet de voir Karajan répétant en scène à Salzbourg Fidelio où travaillant avec Wakévitch aux décors de L’Or du Rhin, le tout entrecoupé de quelques images familiales captées à St Moritz.
Jean-Charles Hoffelé
Beethoven : Ouvertures de Coriolan et d’Egmont. Rossini : Ouverture de Guillaume Tell. Wagner : Ouverture de Tannhäuser. Weber : Ouverture du Freischütz. Debussy : La Mer ; Prélude à l’après-midi d’un faune. Ravel : Daphnis et Chloé, Suite n°2. Rachmaninov : Concerto pour piano n°2.
Alexis Weissenberg (piano), Orchestre Philharmonique de Berlin, Herbert von Karajan (1973, 1975, 1978). Deutsche Grammophon 00440 073 4399 (2 DVD)
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