07 Juillet 2008 - DVD : Karajan, ou la beauté telle que je la vois
Le genre de la biographie filmée est assez délicat. Il n’est pas certain que le travail très officiel de Robert Dornhelm parvienne à cerner en tout juste une heure et demie une personnalité aussi complexe. La carrière est évoquée avec justesse, malgré un voile inutilement pudique jeté sur la montée du nazisme – ici Christa Ludwig est la seule à ne pas mâcher ses mots, rappelant que Karajan avait pris par deux fois sa carte au parti nazi - d’autant que sur ce point Karajan s’est toujours expliqué avec la plus grande franchise. Mais ce qui manque, malgré les quelques archives privées, c’est l’homme Karajan. Et cette succession d’interviews hachées – à chaque témoin une phrase – finit par épuiser.
Georg Wübbolt a opté pour un angle d’attaque autrement éclairant : les rapports, en avance sur l’époque, de Karajan et de l’image. On oublie que Karajan s’est élevé de son vivant un mausolée, illustrant son art par quantité de réalisations vidéos. Wübbolt nous montre comment, après l’ère Clouzot et les expériences d’Hugo Niebeling si justement résumées par son inventive captation de la Symphonie Pastorale, Karajan prit le pouvoir en passant de l’autre côté de la caméra. La démonstration est fulgurante, et l’on perçoit par ce biais choisi avec soin la véritable personnalité de ce démiurge. Du coup la complexité du personnage qui faisait tant défaut au film hagiographique de Dornhelm éclate ici. Ce document est un révélateur, dont l’absence de concession cerne au plus près les grandeurs et les mesquineries d’un artiste qui ne cessa jamais de vouloir s’incarner par lui seul. Formidable.
Jean-Charles Hoffelé
Herbert von Karajan, Maestro for screen. Un film de Georg Wübbolt (2008). Arthaus 101459. Voir un extrait vidéo.
Karajan, ou la beauté telle que je la vois. Un film de Robert Dornhelm (2007). Deutsche Grammophon 004400734392