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Tout d'abord, permettez moi de vous féliciter pour vos chroniques et vos critiques que j'ai toujours trouvées justes et souvent touchantes. Vous aimez la musique et l'opera, et cela se sent. Mais , car bien sur il y a un mais, permettez moi aussi d'être surpris par votre article très critique sur l'initiative du "parlement des artistes". Pour ètre clair, je ne sais qui est à l'origine de cet appel , à part M. Senechal et G. Baquier, et j'ai signé cet appel.
Tout n'est pas juste dans ce texte, je ne suis pas d'accord sur l'ensemble des propositions, mais je ne peux vous rejoindre sur votre analyse de rejet total de cette initiative. Vous ne pouvez pas opposer les chanteurs engagés dans les théâtres comme bon chanteurs, et les autres comme étant de mauvais chanteurs. Il faut aller plus loin dans l'analyse, ou ne pas s'y lancer !
J'ai entendu un directeur artistique d'une grande maison d'opéra française se féliciter d'avoir économisé de l'argent avec un artiste européen pour lequel les charges sociales étaient bien moins importantes que pour un artiste français. J'ai dernièrement fait un concert avec un ensemble français qui engage des solistes via un agent belge qui facture la prestation des artistes. En clair pour un cachet net équivalent par exemple de 1000 euros, le cout de mon cachet pour cet ensemble est d'environ 1600 euros, contre 1000 euros pour le cachet de l'artiste belge. Ce genre de phénomène, accolé à la réduction du nombre de productions dans les opéras ( 6 à Marseille, 7 à Strasbourg , 6 à Bordeaux, 9 à Lyon, 5 à Nantes/Angers..) peut, et doit inquiéter.
Soit, la reformation des troupes n'est surement pas la solution miracle, et vous avez certainement raison lorsque vous parlez de sclérose en ce qui concerne l'ancienne troupe de l'Opéra de Paris. Mais voyez la liste des "troupiers" des Operas de Vienne ( ou j'ai vécu 6 ans), vous avez de quoi faire des distributions pour tous les théâtres français, sans compter les artistes invités. C'est ce vivier qui manque en France, cette étape entre le conservatoire et ce métier, cette passion. N'ayant pas fait mes études en France, je n'ai pas eu ce problème de passage, et j'ai eu beaucoup de chance.
Le monde évolue et c'est bien normal, mais il y a une chose qui ne changera pas : L'appétit vient en mangeant ! Si l'opéra disparait petit à petit du paysage local, il disparaitra du paysage national. Moins il y a de représentation, moins l'envie d'en avoir est grande. Qui s'opposera au responsable politique de telle ou telle ville qui décidera de supprimer son orchestre et son choeur, car enfin, payer 120 personnes, à l'année, pour 5 ou 6 opéras par an, c'est économiquement un scandale. Et il aurait raison. Quand pensez vous ?
Les temps sont durs pour tout le monde, et nous devons réfléchir ensemble pour sauver notre art.
Cordialement
Eric huchet
La Chronique de J. Doucelin - Les couacs d'un canard sans tête
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