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Rédacteur en chef : Alain Cochard
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17 Avril 2008 - Paris - Compte-rendu : Il Prigionero à Garnier - Fausses pistes et manipulations



Etrange : même si Dallapiccola indique l’intérêt qu’il porta aux Protest Music durant la genèse d’Il Prigioniero, pourquoi avoir choisi pour le précéder l’Ode à Napoléon, l’une des partitions les plus revêches de Schoenberg ?

Aucune parenté, si ce n’est le thème commun du tyran, ne l’autorise, alors qu’en postlude et quitte à rester fidèle aux pistes citées par Dallapiccola, Un survivant de Varsovie aurait immanquablement fait son effet en réintroduisant la judéité dont le compositeur italien a débarrassé le héros de Villiers de L’Isle-Adam - outre la formidable relance dramatique qu’il n’aurait pas manqué de produire

Avouons que l’Ode à Napoléon demeure un pensum dont le seul objet est politique. Ce n’est pas la proposition de Lluis Pasqual, avec son récitant commencé en travesti façon Berlin 1930 et terminé dans l’uniforme des camps, sac sur la tête juste avant l’exécution, qui pourra donner à l’œuvre la puissance qu’elle n’a pas, malgré tout le talent qu’y déploie Dale Duesing, formidable de morgue, d’amertume, de colère et d’ironie.

Si Schoenberg règle son compte à Hitler au travers de la diatribe que Byron réserva à Napoléon, Dallapiccola ne tombe pas dans le piège d’une désignation historique précise, l’ombre de Philippe II restant plutôt symbolique.

Etrange à nouveau : le spectacle semble englouti dans l’imposant décor de Paco Azorin, cette prison qui occupe toute la scène ne sert au fond qu’au chœur de torture initial, toute l’action se trouvant par la suite menée sur le devant de la scène. Encore une fois ce décor ne fait fonction que de décor, finalité dangereuse qui en exclut le spectacle et fait en quelque sorte redondance. Du reste, Lluis Pasqual n’y enferme pas son prisonnier – il semble d’ailleurs qu’il réussisse parfois à entrer en cette prison comme si elle était un refuge- mais le fait déambuler autour d’elle. Le Grand Inquisiteur déguisé en carcierere en sort également pour lui instiller le venin de l’espoir.

L’œuvre au fond se suffit à elle même, avec le grand air de la mère, pris très large et véhément par une Rosalind Plowright qui nous plonge d’un coup dans la vérité du drame, son premier chœur dantesque, ou bien encore avec les vastes monologues du rôle-titre. Elle n’appelle pas de complément tant son temps dramatique est dense, et elle se serait d’ailleurs passée avec un certain profit des remplissages que lui inflige le metteur en scène, en faisant se mouvoir sans cesse les protagonistes, suractivité qui dédouane Pasqual d’une vraie direction d’acteur. Elle se serait aussi avantageusement passé des facilités du message politique que le metteur en scène en accord évident avec le Directeur de la Grande Boutique lui accole avec force projection d’images d’archives historiques.
La conclusion, avec son exécution par injection létale, est une ultime facilité tout aussi regrettable que les précédentes, Dallapiccola ne montrant justement pas la mort de son héros, que le Grand Inquisiteur renvoie simplement dans l’ombre du cachot. Il ne s’agit pas d’une exécution mais bien de la mort de l’espoir. On reste ici très en-deçà du souvenir laissé par le spectacle impeccable que Bernard Sobel avait conçu pour le Châtelet voici quinze ans.

Epouvantable Chris Merritt, faux, hurlant, qui défigure le Grand Inquisiteur en le jouant à peine, touchant Evgeny Nikitin, confronté à un rôle un peu trop haut pour lui, dont le génie d’acteur est laissé en friche. Lluis Pasqual fait de son prisonnier un marginal tatoué post skinhead, alors que Dallapiccola le voulait anonyme parmi les anonymes : là encore l’axe de lecture est faussé.

Mais le grand œuvre de Dallapiccola reste son orchestre tout entier déduit de Berg et de Puccini, ces deux sources se révélant tout sauf antinomiques. Lothar Zagrosek lui donne une fluidité parfois trop dégagée de l’étouffement qu’on devrait ici ressentir de la première à la dernière note, oscillant entre vertige et poésie, d’une plastique de bout en bout admirable. Si bien que plusieurs fois on a fermé les yeux pour mieux le goûter, oubliant les encombrants surlignages de la lecture scénique.

Jean-Charles Hoffelé

Arnold Schoenberg : Ode à Napoléon
Luigi Dallapiccola : Il Prigioniero

Paris, Palais Garnier le 17 avril puis les 21, 27, 29 avril et le 6 mai 2008

Réservations à l’opéra Garnier

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