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Ce n’est pas le moindre des paradoxes : alors que Chéreau et Boulez investissaient Bayreuth, y apportant leur révolution Wagner, Karajan fixait durant le Festival de Pâques de Salzbourg 1978 le premier volet de cette Tétralogie filmée qui devait en rester là, démodée en quelque sorte dès ses premières prises de vue par l’entreprise radicale des français. Karajan metteur en scène s’y montre d’un scrupuleux réalisme, jusqu’au kitsch. On sourit souvent.
On est plus ému lorsqu’à l’image apparaît l’Erda de Martha Mödl (oui, mais ce n’est pas elle qui chante, mais Birgit Finnilä, avec sa placidité de timbre en tout le contraire de Mödl justement), ou le Fasolt de Gerd Nienstedt, souvenirs d’un temps défunt. Les ombres du Neues Bayreuth hantent le domaine de l’Archevêque. Ce DVD vous fermera les yeux pour mieux s’imprimer dans votre esprit. La beauté de la lecture est grisante, supérieure à celle de l’intégrale discographique : Kelemen par dessus tout est transcendant en Alberich et Stewart splendide en Wotan ; le Loge de Schreier percutant et Ridderbusch plus immense et sombre de timbre que tous les géants, tous sont fascinés par le sorcier Karajan, maître absolu du son, sinon de l’image.
Jean-Charles Hoffelé
Thomas Stewart, Zoltan Kelemen, Brigitte Fassbaender, Peter Schreier, Gerhard Stolze, Karl Ridderbusch, Jeanine Altmeyer, Solistes, Orchestre Philharmonique de Berlin, Herbert von Karajan, direction et mise en scène (1978). DG 004400734390.
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