|
"L'invalide des organistes" comme le surnommait méchamment ses confrères n'avait sans doute pas la trempe d'un COCHEREAU ou de son voisin, Jean LANGLAIS, à Sainte Clotilde, mais c'était un musicien averti et bien dans son temps. Ses avis tranchés et souvent rapides, étaient toujours le fruit d'une analyse personnelle argumentée et sensible de ce qu'il avait pu entendre en concert, car lui il y allait, son style était fluide et imagé !
A l'époque, les grands quotidiens Le Figaro, Le Monde, l'Aurore, France Soir, l’Humanité, Combat,... avaient tous, un, voir deux, critiques musicaux qui se rendaient chaque soir aux concerts (et pas seulement dans les grandes salles !), ils disposaient d’une place non négligeable... la publicité n’avait pas encore envahi les pages des magazines dit spécialisés (qui n’existaient pas !) et la promotion commerciale des artistes ne dictait pas encore les comptes rendus ; c'est exact que l'aura que procurait auprès d'un public bourgeois le billet de CLARENDON dans les colonnes du Figaro pouvait avoir des effets ravageurs sur ce même public, mélomane et cultivé, qui était pour ainsi dire le seul, à l’époque, à fréquenter les grandes salles parisiennes (en dehors de leurs enfants aux JMF, bien sûr!).
Profitant, après Vatican II, de l'ouverture aux concerts des églises, et parce qu’il était aussi organiste, titulaire du bel instrument de St Louis des Invalides, Bernard GAVOTY avait créé en 1971 l'association Musique aux Invalides et avait choisi Jacques GRIMBERT pour l'accompagner dans cette aventure qui dura une demi-douzaine d'années. J'ai connu Bernard GAVOTY tout particulièrement en cette année 1974, lorsque, Secrétaire exécutif de son association, j'ai eu la charge d'organiser les sept concerts de la plus prestigieuse des saisons, celle commémorant le tricentenaire de la fondation de l'Hôtel des Invalides.
Cette année là, Bernard GAVOTY avait réussi l'exploit d’obtenir de Rolf LIEBERMAN que l'Orchestre et le Chœur de l'Opéra sortent du Palais Garnier pour une exécution historique et mémorable Requiem de BERLIOZ sous la baguette de Colin DAVIS, et avec l’immense Nicolaï GEDDA, ont pu également entendre un chef de légende : le grand Lovro von MATACIC dans le Requiem de VERDI avec l'Orchestre Philharmonique et les Chœurs de l’ORTF qui accompagnaient, excusez moi du peu : Anna TOMOVA et Nicolaï GHIAUROV ! Bernard GAVOTY ne s’était pas oublié et avait, sous la direction de Roger BOUTRY et la Garde Républicaine choisi d’interpréter la Symphonie avec orgue de SAINT-SAENS ; quant à Jacques GRIMBERT il proposa avec « son » Choeur National la première parisienne (eh oui !) de la "Brockes passion" de HAENDEL qui permit notamment de révéler au public parisien le magnifique timbre du contre-ténor Paul ESSWOOD.
La collaboration avec le Général de GALBERT, Gouverneur des Invalides était confiante, simple et efficace et je me souviens que ces concerts réunirent à chaque fois plus de 2000 personnes... là où aujourd'hui à peine 600 sont tolérés ! C'était une époque où l'initiative privée pouvait encore s'exprimer sans être contrée par le virus sécuritaire et les tracasseries administratives !
Le Choeur National, que Jacques Grimbert avait hissé au plus haut niveau, collaborait à l’époque très régulièrement avec l'Orchestre de Paris et ses grands chefs invités :
BERNSTEIN, OZAWA, SOLTI, PRETRE, MEHTA, CELIBIDACHE, MAAZEL, AMY,.. Pour la petite histoire, et à n'en pas douter, cet ensemble choral et son chef furent les victimes collatérales des "papiers" de CLARENDON et d’une belle collaboration qui dérangeait certains par son succès.
Lorsque Daniel BARENBOIM, fraîchement arrivé dans la capitale, persuada Marcel LANDOWSKI de doter d'un choeur l'Orchestre de Paris, l'avis de GAVOTY, diminué par trois dialyses hebdomadaires, ne comptaient plus guère, MALRAUX avait passé la main… on fit alors venir un chef britannique de trois ans l’aîné de GRIMBERT ; cet acte signa la mort du Choeur National qui vit d'un seul coup s’envoler plus de la moitié de ses effectifs au profit du nouvel ensemble. Le sait-on ? A toute chose malheur est bon, j’allais créer avec Jacques GRIMBERT le Festival de Musique Sacrée de Paris et le COUPS* prenait son envol. Ainsi va la vie du microcosme musical parisien…
Jean-Marie HOUDAYER
Délégué général du COUPS / Musique en Sorbonne
* Chœur et Orchestre de l’Université de Paris-Sorbonne
|