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Tout est politique dans Khovanchtchina, ce que souligne sans complaisance la belle régie de Stein Winge pour cette production barcelonaise qui situe l’action dans un hangar industriel. Un simple panneau amoncelant les portraits des tsars viendra s’interposer devant l’immense portail du fond de scène pour les appartements de Golitsine, portail qui s’ouvrira sur un bois de bouleaux lors de l’immolation finale. Le dispositif est simple, sobre, et concentre l’attention sur une direction d’acteur au cordeau, qui saisit toutes les ambiguïtés des personnages et confère à la foule une véritable présence, mieux une âme, donnée essentielle pour réussir Khovanchtchina.
Commencé dans un climat de pogrom -les Streltsy se livrent à des exactions meurtrières-, poursuivi dans des atmosphères sombres où l’ironie du metteur en scène se distille à mesure, le spectacle retient sans cesse l’attention, et émeut souvent comme lors du départ en exil de Golitsine, porté par la foule de ses partisans (comme le texte d’ailleurs l’indique).
Ce savant mélange de littéralité, abreuvé à un livret d’une qualité extrême, et de relecture moderne aboutit à une vision d’une cohérence et d’une puissance dramatique que l’on n’a guère rencontrée dans cette œuvre.
Si tous jouent à la perfection, la Marfa sobre et pourtant visionnaire d’Elena Zaremba, le Golitsine vaincu d’avance mais pourtant idéaliste de Robert Brubaker, ou le Scribe tour à tour carnassier ou plaintif de Graham Clark sont emblématiques de cette réussite, un acteur de génie sort du lot : Vladimir Ognovenko est Ivan Khovansky. Ne serait ce que pour cette incarnation totale, il faut voir cette captation. Et aussi pour Vladimir Galouzine, le plus évident Andreï de l’heure. Deux réserves vocales : Nikolaï Putilin, très fatigué, massacre son grand air du III, et, défaut majeur, Vladimir Vaneev n’est vocalement pas du tout Dossiféï ; à peine basse, plutôt baryton par la couleur de sa voix, un contresens si l’on pense à Mark Reizen - l’incarnation absolue du rôle.
Mais pour la Marfa si humaine, si peu sorcière de Zaremba, dont on supportera le vibrato tant son incarnation est limpide, pour Ognovenko, pour toute une troupe soudée par une grande soirée de théâtre – le propos du metteur en scène est encore renforcé par le choix de la version de Dimitri Chostakovitch, la plus fidèle à l’orchestre rêvé par Moussorgski – on devra thésauriser cette production filmée avec art. L’excellent Michael Boeder dirige sans ostentation et sait mobiliser l’Orchestre du Liceu, pas le meilleur du monde comme chacun sait, mais ses couleurs vertes et ses attaques rêches se coulent naturellement dans la langue de l’ouvrage.
Jean-Charles Hoffelé
Modeste Moussorgski. Khovanchtchina
Vladimir Vaneev, Elena Zaremba, Vladimir Ognovenko, Vladimir Galouzine, Robert Brubaker, Nikolai Putilin, Graham Clark, Nataliya Tymchenko, Chœur et Orchestre du Liceu de Barcelone, Michael Boder
Mise en scène : Stein Winge (2007)
Opus Arte OA 0989D (2 DVD).
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