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Rédacteur en chef : Alain Cochard
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13 Mars 2008 - Paris - Compte-rendu : Le miracle Muti



On les compte sur les doigts d’une main les chefs qui vous transforment le son d’un orchestre en une répétition. Le Napolitain Riccardo Muti est de ceux-là. En atteste le royal concert qu’il vient de diriger à la tête de ses amis de l’Orchestre National de France. Son monde d’élection, c’est cet entre deux qui sépare l’ancien Régime de la Révolution, le XVIII è siècle classique du romantisme, ces moments de fragilité, ces passages d’une sensibilité à une autre. Et ce, depuis qu’il a dirigé de mémorables opéras de Gluck au Mai de Florence. L’autre soir, il célébrait la naissance de l’Europe moderne et la résurrection de son compatriote Salieri, un élève de Gluck à Vienne !

Car Vienne dominait l’Europe et l’Europe était à Vienne au tournant du XVIIIe siècle. L’abbé vénitien Da Ponte y écrivait les livrets de Mozart et de Salieri et ce dernier allait bientôt passer le flambeau à Franz Schubert, son élève au conservatoire impérial. Milan la Lombarde a beau être sous la botte autrichienne, lorsque l’impératrice Marie-Thérèse s’y déplace an 1778 – l’année de la mort de Rousseau et de Voltaire, mais aussi du dernier voyage de Mozart à Paris - pour inaugurer le futur temple du bel canto Alla Scala, c’est à Salieri qu’on commande un opéra : un Italien qui a la caution de Gluck, compositeur officiel de la Cour de Vienne. Les apparences sont sauves !

Muti a reconstitué les musiques de ballet de l’opéra inaugural de la Scala pour sa réouverture après travaux en 2004 : il les dirige à Paris. Ces « petits riens » constituent de redoutables vacheries pour les cordes comme pour les bois : Salieri s’y montre aussi virtuose que Vivaldi. S’il n’a pas le génie de Mozart, il ne manque pas de talent le bougre. L’orchestre et ses solistes sont à la peine. Ils ont pourtant beaucoup travaillé pour alléger leur jeu comme l’attestent les deux Symphonies en sol mineur de Haydn et de Mozart jouées avant l’entracte : le souffle préromantique fait vaciller la perruque du premier dans un finale très Sturm und Drang. Celle de Mozart précède d’un an en 1773 la publication du Werther de Goethe dont le coup de pistolet donne le départ du romantisme européen.

Dans la Symphonie londonienne N° 89 de Haydn, Muti prouve le mouvement en marchant et cloue le bec aux ayatollahs du baroque : la clef de l’interprétation du répertoire préromantique n’est pas une question d’instruments plus ou moins anciens, mais de style de jeu qui s’obtient par une parfaite articulation du discours musical et une lisibilité totale des lignes. Le miracle de Muti, c’est que jamais cette transparence ne tourne à vide. Elle respecte la vie. Tandis que musiciens et public plébiscitent le chef, on se dit qu’il aurait dû succéder à Masur afin de rééquilibrer la sonorité de l’orchestre. Mais ne rêvons pas, Paris n’a jamais réussi à s’attacher les meilleurs chefs au moment opportun…

Jacques Doucelin Théâtre des Champs-Elysées, 13 mars 2008

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Photo : DR

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