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Rédacteur en chef : Alain Cochard
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07 Mars 2008 - Nice - Compte-rendu : L’autre Giuditta



Depuis un quart de siècle très exactement, avec un mélange de modestie et de passion, le violoniste Gilbert Bezzina et son Ensemble Baroque de Nice creusent leur sillon. Et lorsque l’on se retourne sur les années écoulées, on comprend que ces interprètes ont su être des pionniers. Enregistrer un opéra de Vivaldi de nos jours n’a rien d’étonnant, mais il en allait tout autrement lorsque Bezzina se plongea dans ce répertoire au début des années 1980…

Depuis lors, la curiosité de l’EBN ne s’est pas émoussée et chaque saison apporte son lot de raretés. La saison du 25ème anniversaire aura ainsi permis de découvrir en création scénique française(1), La Giuditta dite « de Cambridge » d’Alessandro Scarlatti. Cet ouvrage daté de 1700, sur un livret d’Antonio Ottoboni, fait suite à une première Giuditta (dite «de Naples ») - plus connue car documentée par le disque (Gester, Mc Gegan) - écrite en 1695 sur un livret de Benedetto Pamphili

Avec trois protagonistes seulement ( Giuditta, Oloferne, Nutrice) – contre cinq et un chœur dans l’ouvrage de 1695 – La Giuditta « de Cambridge » n’a rien d’une Giuditta « du pauvre ». Elle offre au contraire un modèle de concentration et de richesse poétiques et dramatiques dont la production niçoise a donné toute la mesure. Dans le cadre idéalement adapté car très intimiste de l’Eglise Saint Martin-Saint Augustin, uniquement éclairée à la bougie, l’envoûtante mise en espace de Gilbert Blin (aidé de Rémy-Michel Trotier pour la scénographie et les éclairages), chargée d’ors baroques, confronte le spectateur à un véritable tableau vivant. Sur ce point il faut aussi rendre hommage à Sophie Landy (Giuditta), Raphaël Pichon (Nutrice) et Carl Ghazarossian (Oloferne), trois chanteurs qui, outre la qualité de leur prestation du point de vue vocal, collaborent avec une parfaite discipline au projet du metteur en scène, à sa gestuelle très savante.

La magie opère, d’autant plus que la partition ne comporte pas un seul temps mort et réserve des instants fascinants, telle l’aria de Judith « Chi m’aditta, per pietà », dans la première partie, où l’écriture de Scarlatti manifeste un art du sfumato que Sophie Landy exploite avec une délicatesse infinie. Autre exemple de la même veine, le « Dormi » de la Nourrice, juste avant l’endormissement d’Holopherne. Ici la musique semble suspendre le temps ; parce qu’un interprète de premier ordre, le jeune contre-ténor Raphaël Pichon, la distille avec une simplicité et une poésie admirables. Un moment d’une beauté à couper le souffle !

Face au couple de Judith et de la nourrice, que Sophie Landy et Raphaël Pichon incarnent dans une parfaite complicité jusqu’à la lumineuse conclusion de l’ouvrage, le ténor Carl Ghazarossian, d’un style impeccable, défend une approche non moins convaincante d’Holopherne et traduit avec intelligence la transformation de son personnage – il est bien le chef assyrien cédant peu à peu, pour son malheur, au charme de Judith…

Merveilleusement attentifs à la respiration de la musique, Gilbert Bezzina et ses musiciens offrent aux chanteurs un écrin sonore d’une grande subtilité, qui fait par ailleurs idéalement écho aux intentions du metteur en scène. La lisibilité du spectacle pour l’auditoire était en outre accrue par une lecture en chaire (en fin de première et en début de seconde partie) de l’histoire de Judith par Frère Benoît, Aumônier des artistes niçois – initiative d’autant mieux venue qu’au XVIIe siècle les oratorios, donnés pendant la période du Carême qui proscrivait l’opéra, étaient entrecoupés d’un prêche.

Un peu en marge du milieu baroque, l’Ensemble niçois est parfois regardé avec un brin de condescendance par certains. Ils ont bien tort. Cette Giuditta niçoise n’avait pas à rougir face au travail de formations et de chefs plus cotés - pour ne pas dire surcotés. Bien au contraire, ce sont ces derniers qui auraient pu en prendre de la graine.

Espérons que cette belle production aura l’heur d’être reprise dans divers festivals ; elle le mérite amplement.

Alain Cochard

Nice – Eglise Saint-Martin – Saint-Augustin, vendredi 7 mars 2008

(1) Ce spectacle a par ailleurs fait l’objet d’un enregistrement à paraître chez Dynamic

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Photo : DR

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