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On aura beau jeu de signaler les quelques ravages que produit le play-back : les distributions sont somptueuses et le jeu des chanteurs bluffant de vérité. Karajan avait voulu filmer les deux opéras qu’il venait d’immortaliser au disque. On avait loué la grande patinoire de Milan et construit en regard les décors des deux ouvrages. Hors Fiorenza Cossoto qui est également sa Santuzza au disque, les distributions sont totalement renouvelées : on se doute que la confrontation entre Vickers et Kabaivanska est explosive.
Même si le Tonio de Glossop sonne bien maigre, ce Pagliacci est simplement d’anthologie, avec dans la baguette de Karajan une sorte de rage que le réglage plat de Paul Hager illustre à peine, mais le génie d’acteur des chanteurs, Panerai et Vickers au premier chef, emporte la mise. Pour Cavalleria rusticana, c’est tout autre chose : la régie simple, naturaliste de Strehler est un modèle, Cossotto formidable de présence dramatique et de beau chant, et la baguette plus sèche de Karajan rappelle le contexte sicilien de l’opéra. Deux splendeurs, à écouter autant qu’à voir.
Jean-Charles Hoffelé
Ruggero Leoncavallo. Pagliacci. John Vickers, Raina Kabaivanska, Peter Glossop, Rolando Panerai, Sergio Lorenzi. Mise en scène : Paul Hager
Pietro Mascagni. Cavalleria rusticana. Fiorenza Cossotto, Gianfranco Cecchele, Anna di Stasio, Giangiacomo Guelfi, Adriana Martino. Mise en scène : Giorgio Strehler
Chœur et Orchestre de la Scala de Milan, Herbert von Karajan (1968).
Deutsche Grammophon 004400734389.
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