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Rédacteur en chef : Alain Cochard
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03 Février 2008 - Montpellier - Compte-rendu : Un Orphée et Eurydice qui ne laissera pas de t(h)race



Adapter un classique du répertoire aussi célèbre qu’Orphée et Eurydice n’est ni un crime, ni une nouveauté. L’œuvre de Gluck nous est d’ailleurs parvenue sous différentes formes, dans des versions françaises et italiennes, révisées et traduites, pour voix de castrat, de haute-contre/ténor, de baryton ou de mezzo-soprano, Berlioz lui-même, amoureux de cette partition, l’ayant spécialement remaniée pour que Pauline Viardot s’en empare et la remette au goût du jour.

Faut-il préciser que David Alagna (à qui l’on doit la récente mise en musique des Derniers jours d’un condamné, d’après Hugo) ne possède ni le génie musical de l’auteur des Troyens, ni la puissance créatrice de Cocteau dont la transposition cinématographique moderne, avait fait sensation en son temps (Orphée, 1950), ni l’audace de Marcel Camus avec Orfeu Negro situé pendant le Carnaval de Rio (1959), ni l’imagination de Jacques Demy qui s’était cassé les dents en tentant d’actualiser le mythe dans son film Parking, en 1985.

Pour permettre à son frère d’aborder un rôle que la version pour ténor dite « Legros » ne lui autorisait pas, il n’a pas hésité à intervenir sur l’ordre des scènes, à modifier les interventions des choeurs, à couper des airs, à transformer Amour en un Guide, baryton, à réduire les ballets à de la musique de scène et à transposer sans complexe la tessiture d’Orphée pour assurer à Roberto Alagna un confort vocal qui prête à sourire. Si ce tripatouillage exaspérant était mis au service d’une lecture dramaturgique révolutionnaire, le public pourrait peut être admettre cette trahison. Mais le spectacle d’une navrante banalité ne fait que renforcer l'impression de malaise. Orphée perd Eurydice le jour de ses noces dans un accident de voiture, mais grâce à l’intervention des dieux et le concours d’un sinistre passeur, la retrouve en passant par la porte du crématorium. Celle-ci, déçue de ne pas croiser le regard de son bien aimé, s’offre complaisamment au Guide, avant que ce nigaud d’Orphée ne se décide à la regarder en face et à la voir disparaître, cette fois pour l’éternité. De retour au cimetière, le couple est enterré dans un cercueil commun.

Chef habituellement talentueux, Marco Guidarini s’est laissé embarquer dans une aventure qu’il semble défendre du bout de sa baguette. L’Orchestre National de Montpellier n’est pas indigne, mais cet « arrangement » musical est joué serré, sans grande conviction, à l’image des choeurs dont la participation n’a pas la rigueur et la netteté attendue. Marc Barrard déploie sa belle et riche voix de baryton dans le rôle du Guide, qu’il chante dans un français à l’intonation parfaite et avec une expressivité imparable. Serena Gamberoni caracole en nuisette blanche, sans se soucier de rendre compréhensibles les paroles de cette bien pâle Eurydice. Content de lui et sur de sa prestation, Roberto Alagna se contente de prononcer son texte avec l’élocution que nous lui connaissons, n’ayant que faire des questions de style ou de technique, se fichant comme de sa dernière lyre d’être en mesure, en rythme ou dans le ton, uniquement préoccupé par la longueur de ses notes. Consternant.

Si vous n’avez pas encore vu l’Orphée et Eurydice chorégraphié par Pina Bausch, courez au Palais Garnier et prenez un bain de beauté.

François Lesueur

Christoph Willibald Gluck/David Alagna : Orphée et Eurydice - Opéra Berlioz/le Corum Montpellier, 3 février 2008.

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Photo : DR

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