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Solti est venu sur le tard à Boccanegra, confiant au disque une version qui est passée trop inaperçue. En 1988, l’Orchestre de la Scala, encore sous les sortilèges de Claudio Abbado, qui avait littéralement réinventé Simon Boccanegra durant la décennie précédente, renâclait devant cette direction presque sèche. Quatre années plus tard, les forces de Covent Garden s’engagent sans atermoiement dans la violence continue voulue par le chef. Pour Solti, Boccanegra est avant tout un opéra politique. Cela s’entend dès le prologue. Contrepartie de cette tension que rien ne vient contredire : adieu brise marine, adieu sfumatos, adieu surtout les ouvertures poétiques dont Verdi truffa sa partition lorsqu’il la révisa tardivement, juste avant de s’atteler à Otello.
Solti dirige plutôt dans l’esprit de la première version, lorsque Boccanegra était frère d’Il Corsaro. Optique particulière, mais réductrice. Son cast paraît inégal : Te Kanawa, plus en voix que pour le studio reste une des grandes Amelia du siècle ; pourtant, en scène à Paris et sous la régie de Strehler - souvenirs…- Abbado l’inspirait au centuple de l’art surveillé qu’elle offre ici. Agache aura trouvé avec le Doge génois l’un de ses meilleurs emplois verdiens, cependant son baryton sombre se confondrait presque avec la basse claire du Fiesco de Roberto Scanduzzi. On n’abandonnera pas le Gabriele Adorno d’Aragall, l’une des perles de l’enregistrement discographique, pour celui pâlot de Michael Sylvester dont les comprimari sont génériques. Le spectacle limpide et somptueux à la fois d’Eijah Moshinsky aurait mérité un filmage moins convenu, mais l’académisme de Brian Large passait alors pour une vertu….
Jean-Charles Hoffelé
Giuseppe Verdi
Simon Boccanegra
Kiri Te Kanawa, Alexandru Agache, Roberto Scandiuzzi, Alan Opie, Mark Beeesley, Michale Sylvester, Chœur et Orchestre de Covent Garden, Georg Solti (1992).
Mise en scène : Elijah Moshinsky
Decca 0714239.
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