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Rédacteur en chef : Alain Cochard
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14 Décembre 2007 - Biographie d'Emmanuel Chabrier


Né en Auvergne en 1841, fils unique d’un père avocat et d’une mère plutôt mondaine qui l’adorent tous deux, Emmanuel Chabrier débute le piano à 6 ans. En 1856, la famille s’installe à Paris afin qu’Emmanuel suive ses classes au lycée Saint-Louis. Ses professeurs tempèrent mal sa joie de vivre et son humour volontiers bouffon, dont témoignent les titres de ses premières oeuvres pour piano : Aïka, polka-mazurka arabe, ou encore Le Scalp !!!

En bon fils de famille, Chabrier fait son droit puis entre en 1861 au Ministère de l’Intérieur. En parallèle, il s’initie à l’art lyrique en recopiant les partitions de Berlioz et de Wagner, fréquente assidûment les salons où se rencontrent les poètes parnassiens et hante les ateliers d’artistes. Il se lie durablement avec Verlaine, Catulle Mendès, Villiers de l’Isle-Adam et Jean Richepin, qui le sensibilisent à l’art de la mélodie, mais aussi avec Manet et Degas. Ce dernier le représente dès 1868 dans son tableau L’Orchestre. Le jeune célibataire perd ses parents en 1869 et emménage avec sa chère nourrice dans le quartier des Batignolles. La guerre franco-prussienne et la Commune n’interrompent guère ses activités, en particulier au Cercle de l’Union artistique où il donne deux opérettes, Le Service obligatoire puis Fisch-Ton Kan, cette dernière sur un livret de Verlaine. Créé par Hervé et Offenbach, le genre bouffe connaît un grand succès public depuis le Second Empire.

En 1873, il pose pour Un bal masqué à l’Opéra de Manet et dédie son Impromptu à la femme du peintre. Cette année-là, il se marie avec Alice Dejean, à qui il vouera toute sa vie une fidèle affection. Le couple s’installe dans le quartier de l’Europe, où naîtront leurs deux fils et où ils reçoivent poètes et peintres, dont Chabrier collectionne les oeuvres. Alors que parutions musicales et créations s’enchaînent au Cercle de l’Union artistique, Chabrier est toujours fonctionnaire. Cela ne l’empêche pas d’être admis, à 35 ans, comme membre actif de la Société nationale de Musique (SNM), association créée par Saint-Saëns en 1871 pour promouvoir les compositeurs français. S’il peine à être pris au sérieux par les institutions, Chabrier est apprécié par ses pairs, autant pour son talent singulier que pour son tempérament chaleureux.

En 1877, deux événements l’arrachent à son apparent amateurisme. Enoch et Costallat deviennent ses éditeurs et se dévoueront à la promotion de sa musique. Surtout, le 28 novembre, L’Etoile est créé aux Bouffes-Parisiens devant un large public. Le succès n’est pas au rendez-vous car la partition paraît trop complexe pour une opérette. Mais Chabrier est mûr pour l’opéra et entreprend plusieurs projets avec des librettistes en vue. Jules Clarétie et Louis Gallet ne donneront pas suite, tandis que Mendès mènera à terme sa collaboration à Gwendoline.

En 1880, un an après la création d’Une éducation manquée au Cercle de l’Union artistique, Chabrier entre dans sa quarantième année et c’est le choc : lors d’un séjour à Munich avec Duparc, il entend Wagner pour la première fois. Il faut dire que le maître de Bayreuth est proscrit sur les scènes françaises depuis que la création parisienne de Tannhäuser a fait scandale en 1861. La découverte de Tristan et Isolde décide Chabrier à se consacrer entièrement à la composition, ce qui ne l’empêchera pas d’en tirer une parodie en forme de quadrille, Souvenirs de Munich. Il écrit les Trois valses romantiques et les Pièces pittoresques puis quitte le Ministère après vingt ans de service. C’est à cette époque que, par deux fois, Manet fait son portrait : un pastel et une peinture à l’huile (aujourd’hui respectivement à Ortrupgaard au Danemark et à Cambridge).

Entre deux voyages destinés à écouter la tétralogie à Londres puis à Bruxelles, Chabrier passe le dernier trimestre de 1882 en Andalousie. L’année suivante, la création d’España, rapsodie pour orchestre au Théâtre du Château d’Eau est un triomphe. Le grand public s’enthousiasme pour ce compositeur jusqu’alors confidentiel. Le succès le dope. Il s’installe en famille avenue Trudaine, dans le quartier de la Nouvelle Athènes qu’il ne quittera plus, composant l’été dans sa villégiature de Touraine et passant l’hiver à animer ateliers et banquets de sa verve pianistique, et à seconder d’Indy à la SNM et Lamoureux dans l’organisation des Nouveaux Concerts.

En 1885, Lamoureux crée la scène lyrique de La Sulamite tandis que le Salon expose Autour du piano de Fantin-Latour, où l’on reconnaît Chabrier assis à l’instrument. L’année suivante, à quarante-cinq ans, le musicien peut croire à sa bonne étoile : Gwendoline est monté à la Monnaie de Bruxelles, le plus créatif des théâtres d’Europe. Et Le Roi malgré lui est reçu à l’Opéra Comique ! Mais Chabrier n’a pas de chance avec l’art lyrique : malgré le succès, Gwendoline est victime de la faillite du directeur de la Monnaie, tandis qu’après trois représentations du Roi malgré lui, le théâtre de l’Opéra Comique est ravagé par un incendie le 25 mai 1887.

Chabrier dirige régulièrement ses oeuvres en province (Angers, Toulouse, Bordeaux) mais ses projets parisiens piétinent. En Allemagne, au contraire, des artistes se dévouent pour le plus authentique des compositeurs français post-wagnériens. A la fin des années 1890, le ténor Van Dyck et les chefs Mottl, von Schuch et Levi (celui qui créa Parsifal) font acclamer Gwendoline et Le Roi malgré lui à Karlsruhe, Leipzig, Dresde et Munich. En 1890, entre frustration hexagonale et succès germaniques, le compositeur crée ses Romances zoologiques au Théâtre du Vaudeville.

En 1891, la mort de sa nourrice le bouleverse. Les difficultés scolaires de ses enfants et la faillite de son banquier accroissent sa neurasthénie tandis que se précisent les symptômes (paralysie, amnésie) de la maladie qui l’emportera. Finir son opéra Briséis, commencé en 1888, devient une obsession. Tourmenté par les médecins et les librettistes, il s’intéresse pourtant aux jeunes et encourage Bruneau, Debussy, Ravel et Charpentier à leurs débuts. Grâce à l’appui obstiné de son ami Charles Lecocq, le créateur de La Fille de Madame Angot, Gwendoline est enfin donné à l’Opéra de Paris fin décembre 1893. Trop tard : le compositeur ne reconnaît plus sa musique. Chabrier meurt le 13 septembre 1894, à 53 ans. Dix-huit mois plus tard, sa collection est vendue à l’Hôtel Drouot. Quant à Briséïs, l’opéra inachevé, Vincent d’Indy puis Claude Debussy tâcheront de le terminer, mais en vain.

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