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Votre chronique à propos de Maurice Béjart, attendue comme il se doit par vos fidèles lecteurs dont je fais partie, agréablement rédigée, comme d'habitude, avec ce sens de la synthèse et de la concision qu'on vous connaît, me semble appeler néanmoins deux réserves, et non des moindres :
Entraîné par je ne sais quel "anti-jacobinisme" bien dans l'air du temps, c'est-à-dire au fond par un hyper-libéralisme forcené, vous avez passé vos nerfs sur les machinistes de l'Opéra, ces "fonctionnaires" ( vous ne le dites pas mais c'est tout comme). Chacun en pensera ce qu'il voudra, mais cela fait, à tout le moins, un peu désordre dans une telle chronique... C'est une faute de goût.
Béjart, maintenant ; j'ai pour lui, comme tout le monde, une grande admiration ; je suis de ce fait un zombie formaté, mondialisé... C'est vrai qu'ayant assisté à la création à Garnier du "Sacre", j'ai reçu à ce moment-là un formidable coup de poing à l'estomac. J'en vois encore trente-six chandelles ; il est vrai, et ce n'est pas un détail, que je connaissais déjà à fond la partition. Mais depuis, Béjart lui-même et les autres me semblent avoir suivi une voie plus facile, avec beaucoup de complaisance pour un public qui n'a que faire de la "musique d'accompagnement" d'un spectacle chorégraphique. Il y a néanmoins des rencontres exceptionnelles comme le Boléro, bien sûr, mais dites-moi : si, pour les besoins du spectacle ou l'endurance des interprètes, on avait notablement mutilé l'œuvre musicale, qui s'en serait plaint? La solution à toutes ces contingences conduit inévitablement à ce qui se passe maintenant: "au commencement était le geste". Après, on sonorise ; c'est du Holiday on ice de haut niveau (la Neuvième" tient mieux la route que "perles de cristal", certes, et surtout donne bonne conscience à un certain public essentiellement visuel ). Bref, les tambours du bronx sont-ils prêts à servir d'accompagnement, au pied levé, à une chorégraphie elle-même utilisée sur la partition du "loup" de Dutilleux, laquelle semble être complètement oubliée?
Allez, voilà que je m'énerve aussi, alors j'arrête. Salutations.
Alain-Georges Trovel (Saint-Brieuc)
La chronique de J. Doucelin
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