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Evènement majeur, éventé par une avalanche de réactions épidermiques suscitées par la mise en scène de Konwitschny, qui pourtant s’avère de bout en bout convaincante. Elle a volé la vedette au véritable objet de ce revival majeur : offrir enfin l’intégralité de Don Carlos en français, avec un cast capable de rendre justice à la poésie souvent inspirée de Joseph Méry et de Camille Du Locle, et plus encore à leur langue.
Mise à part Nadja Michael, qui possède par ailleurs d’autres atouts, tous soignent leur français, très au dessus de la distribution improbable de la version Abbado, et à Vienne contrairement au Châtelet ou à la Scala, on donne toute la partition. Konwitschny se passe de décors ; la forêt de Fontainebleau est déserte, pas même illustrée, un simple brasero au milieu de la scène, l’Escorial une cour blanche où l’on va s’étriper, et c’est tant mieux : on a vu tant de Don Carlos où le décor ne faisait qu’embarras. Le metteur en scène s’autorise un rêve et un cauchemar : la musique de ballet du III devient une pantomime, un fabuleux film muet sarcastique à souhait, où Eboli s’imagine en ménage petit bourgeois avec l’infant, recevant beau papa Philippe à dîner ; l’autodafé explose la scène du Staatsoper, se répand avec force caméras et sous le contrôle relatif d’une présentatrice assez Arte dans le grand escalier et dans la salle, la voix du ciel devenant imparablement un sosie de Marilyn.
On imagine comme les Viennois ont été agacés, d’autant que Konwitschny souligne avec les victimes de l’autodafé les horreurs du nazisme que le pays feint toujours de méconnaître. Tout cela n’est absolument pas gratuit, et fait écho au sujet même de Don Carlos, opéra politique s’il en est. La direction d’acteur est sidérante, les idées abondent, se télescopent même, on est surpris sans cesse par l’à propos des réinterprétations, et on adhère même aux libertés que prends Konwitschny, car elles révèlent le tréfonds des personnages ; ainsi Eboli partage le lit de Philippe durant « Elle ne m’aime pas », et reste en scène lors de l’apparition de l’Inquisiteur.
Distribution formidable : Vargas, infant moins pusillanime que bien d’autres, subtil, émouvant, avec exactement la voix du rôle, Skovhus, avec une douceur dans l’aigu – son dialogue avec Philippe est d’anthologie – qui rembourse un timbre un peu induré pour le plus fraternel des Posa, et quelle ligne ! Tamar qui donne enfin de la chaleur amoureuse à Elisabeth qu’on fait trop souvent glaciale (il faut voir comment elle dit son air final à Charles Quint revenu sous le déguisement d’un moine jardinier). Michael, formidable Eboli en voix cinglante, Miles, Philippe terrifiant jusque dans une sorte d’insinuante douceur.
De Billy met une poésie, un sens des perspectives, de l’architecture, qui s’emploient à tendre la grande arche du drame. Et point important, que le filmage, excellent, vérifie, Konwitschny est toujours dans le tactus de la musique, mieux dans sa vérité. Fait rare chez les metteurs en scène à l’opéra aujourd’hui.
Jean-Charles Hoffelé
Don Carlos de Verdi. Ramon Vargas, Iano Tamar, Nadja Michael , Bo Skovhus, Alastair Miles, Simon Yang, Chœur et Orchestre du Staatsoper de Vienne, Bertrand de Billy. Mise en scène Peter Konwitschny. TDK DVWW-OPCARLO.
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