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Ce fut une petite bombe : en 2004 on pouvait enfin entendre en russe cet Amour des trois oranges qui est depuis revenu en force, en sa mouture française à Paris, dans un spectacle pour enfant et au cirque de Deflo, ou à Amsterdam dans la vision étourdissante de Laurent Pelly, cette dernière documentée par le DVD et déjà commentée dans ces colonnes. A Aix, ce fut tout autre chose. Philippe Calvario en metteur en scène venu du théâtre creusait plus encore les empreintes russes du livret – la mélancolie du Prince, vraiment mortelle en est l’élément le plus saillant – sans oublier l’humour acide de Gozzi. Costumes époustouflants, qui contrastent l’univers croque-mort des médecins et celui sado-maso de Fata Morgana avec le monde ridicule de la cour, hésitant entre bouffonnerie et orientalisme.
Dispositifs efficaces et stylés comme à l’habitude chez Jean-Marc Stehlé. Mais surtout, partout, le rythme, la folie absolue du rythme qui ne se relâche pas même dans les moments dépressifs, restant comme aux aguets. A la tête d’une troupe russe formidable où toutes les voix se surpassent mutuellement, Tugan Sokhiev – on sait le chemin qu’il a fait depuis - émerveillait le public d’Aix en ne le laissant jamais reprendre souffle. Lecture majeure de l’ouvrage qu’il faudra ranger avec amour aux côtés de la version française si subtilement illustrée par Pelly et Denève. Elles font jeu égal et documentent parfaitement les deux moutures de l’œuvre.
Jean-Charles Hoffelé
Andrey Ilyushnikov, Kirill Dusheckin, Eduard Tsanga, Nadezhda Serdjuk, Ekaterina Shimanovitch, Pavel Schmulevich, EuropaChorakademie, Mahler Chamber Orchestra, Tugan Sokhiev.
Mise en scène : Philippe Calvario, Festival d’Aix-en-Provence 2004.
BelAir Classiques BAC024. Distr. Harmonia Mundi
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