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Après le Mild und Leise, Isolde a disparu ; seuls restent Kurvenal et le Pâtre pleurant Tristan mort dans les bras du premier. Lorsque la harpe indique le dernier souffle de Tristan, Ponnelle nous le montre encore vivant, les yeux perdus dans la vision fixe d’un ailleurs. Il rêve. Isolde n’est jamais revenue pour le sauver avec ses baumes. Et si toute cette fantasmagorie d’amour n’était justement qu’un rêve ? Cette proposition n’est pas nouvelle, Appia y avait aussi songé. Mais Ponnelle lui confère une telle urgence, la donne à voir avec une telle évidence !
Tout le spectacle, avec ses dispositifs somptueux – comment penser le II sans cet immense arbre lanterne, abri et vampire en même temps – est un poème au romantisme échevelé, dirigé comme tel par un Barenboïm qui a laissé ici sa plus belle empreinte en terre wagnérienne. Et Kollo étonne par son engagement à la limite de l’hystérie, sa présence scénique incandescente, comme porté geste après geste par la dextre de Ponnelle. Le spectacle fascine, il ne vous lâche pas. Il documente une des Isolde majeures des années quatre-vingt, honteusement ignorée par le disque, Johanna Meier, qui donne l’un des plus vertigineux premier acte jamais gravé, et sera quelques années plus tard une Elektra toute aussi mémorable. Brangäne trouble et troublante d’Hanna Schwarz, pas toujours absolument juste et d’un format un peu court. Mais comme on aime cette voix on lui pardonne. On n’en dira pas autant du Kurvenal beuglé d’Hermann Becht, paille de ce film d’opéra essentiel, où le Roi Marke de Matti Salminen fixait des nouveaux critères d’interprétation – humanité et compassion – qui sont devenus aujourd’hui la règle. Simplement historique.
Jean-Charles Hoffelé
Wagner : Tristan und Isolde. Mise en scène : Jean-Pierre Ponnelle. Avec René Kollo, Johanna Meier, Hanna Schwarz, Matti Salminen, Hermann Becht, Robert Schunk, Helmuit Pampuch. Choeur et Orchestre du Festival de Bayreuth, Daniel Barenboim.
DG 00440073 4321.
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