|
Pour l’œil, impossible de trouver Salomé plus parfaite que Teresa Stratas. La silhouette sort directement des Mille et une Nuits, compromis entre Schéhérazade et Louise Brooks absolument étourdissant. Et si, en plus de la plastique, Stratas était, vocalement, la Salomé idéale ? Femme enfant, aucune autre ne le fut ici à ce point depuis Ljuba Welitsch. On souffre un peu de lui voir opposé le Jochanaan assez frustre et générique de Bern Weikl qui chantait tout du même baryton engorgé. Il est cent coudées au-dessous de celui que Böhm dirigea à Hambourg pour sa gravure discographique, Dietrich Fischer-Dieskau, qui savait ce que prophétiser signifie.
Mais enfin le spectacle opulent de Götz Freidrich se regarde sans déplaisir, mieux, avec gourmandise. Et la troupe s’avère fabuleuse, avec deux vétérans terrifiants et irrésistibles, Beirer et Vinay, Ochmann et son ténor en lamé d’or pour Narabooth qu’il chanta si souvent, le vibrato émouvant d’ Hanna Schwarz pour le Page et parmi les juifs Kurt Equiluz. Pour Böhm, cette Salomé est l’occasion de conjuguer une fois encore le trait perçant et tout un funambulisme poétique que Vienne, parfums autant que sons, magnifie. Nuancier poétique inouï, inépuisable, qui corrige par l’oreille la mise en scène un peu voyante, pensée trop clairement pour la caméra, de Götz Friedrich.
Jean-Charles Hoffelé
Richard Strauss : Salomé. Mise en scène : Götz Friedrich. Avec Térésa Stratas, Bern Weikl, Astrid Varnay, Hans Beirer, Wiezlaw Ochman, Hanna Schwarz. Orchestre Philharmonique de Vienne, Karl Böhm.
Deutsche Grammophon 004400734339. Distr. Universal.
|