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C’est le grand œuvre de Rolf Liebermann durant son règne à l’Opéra de Hambourg. Ce Wozzeck tourné en décors naturels, presque naturalistes au reste, est un manifeste. Certes, le playback y est flagrant mais ajoute une sorte de nostalgie que renforce encore cette ville de garnison aussi déserte qu’une toile de De Chirico. Une véritable magie se dégage de ce film d’opéra avant la lettre que Ponnelle n’eût pas désavoué. Et le tout est porté par une distribution exemplaire, dominée par la Marie simple femme broyée de Sena Jurinac.
Equipe parfaite, avec le Wozzeck jamais surchargé et très peu expressionniste de Toni Blankenheim, comme détaché du monde, ayant renoncé dès ses premiers mots : l’ensemble témoigne d’un style quasi philologique. Et coup de génie supplémentaire, la grande direction lyrique de Bruno Maderna, qui fait chanter la partition comme personne ne le fit jamais, pas même Karl Böhm ou Pierre Boulez. Fascinant et indispensable.
Jean-Charles Hoffelé
Alban Berg : Wozzeck. « Mise en scène » et dramaturgie : Günther Rennert. Avec Sena Jurinac, Toni Blankenheim, Gerhard Unger, Richard Cassilly, Hans Sotin. Chœur de l’Opéra de Hambourg, Orchestre Philharmonique de Hambourg, Bruno Maderna.
Réalisation Joachim Hess. Arthaus 101277. Distr. Intégral.
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