|
Bien vu : Nicolas Joël place son Aida à l’époque de l’inauguration du Canal de Suez : Aida à l’époque de sa création souligne justement que l’opéra n’est pas une fresque, mais un drame intime, bourgeois presque. Il ne faudrait tout de même pas pousser le bouchon un peu trop loin et nous transformer Amonasro en patron de mine de diamants. Ce n’est pas le cas. Joël range tous ses personnages dans un univers gangrené par le colonialisme. La parabole pourrait être facile, mais elle colle vraiment à la dramaturgie d’Aïda. Du coup on tien là un spectacle d’une cohérence rare et une alternative aux délires pharaoniques souvent insupportables jusqu’à la nausée (Zeffirelli !).
On voudra d’abord cette Aida pour son Aida. Nina Stemme va tranquillement de Salomé à Brünnhilde en passant par Amelia et l’esclave éthiopienne. Mais son soprano si bien placé dans le masque, avec cette émission haute et sans effort qui est le signe distinctif de l’école nordique, n’est en rien, de timbre et de vocalité, italien, on s’en doute. Pourtant la facilité des aigus dans l’air du Nil, partout cette émission franche comme l’or et une rectitude presque morale dans ce chant font qu’on passe par-dessus ces préventions d’école.
Comprimari très en dessous hélas : Radames de poche de Licitra, poussif, aux aigus marqué, sans style ; très médiocre Amneris de Lucianna D’Intimo, sans métal, sans projection. Pons routinier en Amonasro et pas assez noir de timbre pour évoquer la sauvagerie de l’Afrique noire. On se console avec le Ramfis exotique de Salminen et la direction, qui poétise beaucoup mais ne tend pas assez le drame, d’un Ivan Fischer un peu hors de situation.
Jean-Charles Hoffelé
Verdi : Aida. Mise en scène de Nicolas Joël. Avec Nina Stemme, Salavtore Licitra, Lucianna D’Intimo, Juan Pons, Matti Salminen. Chœur et Orchestre de l’Opéra de Zurich, Adam Fischer. Bel Air Classiques.
Détail du DVD
Photo : DR
|