|
Un petit bijou de la Zarzuela moderne : Moreno Torroba a fui le cadre populaire habituel à ce répertoire pour placer son intrigue dans la grande bourgeoisie madrilène puis dans l’univers des grands propriétaires terriens de l’Estremadura. Le fond de Luisa Fernanda, qui est une véritable comédie lyrique construit autour de la protagoniste éponyme, est politique, dépeignant l’affrontement entre républicains et monarchistes durant le règne d’Isabelle II. Sur un sujet aussi riche en arrière-plans, le compositeur a écrit une musique où les influences françaises prennent le pas sur l’omniprésence du style italien, sans renoncer pour autant à son art de mélodiste : Luisa Fernanda déborde littéralement de thèmes irrésistibles.
L’ouvrage passe pour une œuvre en marge de la production courante des zarzuelas et a connu depuis sa création une carrière internationale significative. Cette production fut d’ailleurs réalisée initialement pour la Scala de Milan, et sa reprise au Teatro Real fit sensation, d’autant que Placido Domingo revenait à un ouvrage qu’il avait fréquenté depuis son plus jeune âge : Luisa Fernanda était au répertoire de la troupe d’opéra de son père, il se fera un prénom en chantant le rôle de Vidal, puis dirigera l’œuvre avant d’aborder pour cette production la tessiture de baryton de Javier. Production habile, qui rend enfin justice à une partition majeure en en respectant l’abondante orchestration et n’oublie pas de célébrer Madrid, l’héroïne secrète du livret de Guillermo Fernandez Shaw. Si l’on pourra trouver la duchesse Carolina de Mariola Cantaero trop plébéienne, les deux rivaux amoureux sont irrésistibles de verve et Nancy Herrera, soprano à la sensualité rayonnante, campe avec une générosité enthousiasmante le rôle titre.
Jean-Charles Hoffelé
Moreno-Toroba : Luisa Fernanda. Mise en scène Emilio Sagi. Avec Placido Domingo, Nancy Herrera, Jose Bros, Rquel Pierotti, Sabina Puertolas. Solistes, chœur et Orchestre du Teatro Real de Madrid, Jesus Lopez Cobos. Opus Arte OA 0969.
|