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Wolfgang Sawallisch avait programmé cette Femme sans ombre qui devait être le clou de sa saison d’adieux à l’Opéra de Bavière en vue d’une tournée de la troupe au Japon. Il fit donc tout naturellement appel à Ennosuke Ichikawa, un célèbre metteur en scène du théâtre Nô. A Munich le spectacle passa quasiment inaperçu, alors qu’il rencontra un écho enthousiaste au Japon, aussi bien à Nagoya, où la représentation fut filmée pour la télévision à l’occasion de l’inauguration du nouveau Théâtre Préfectoral Aïchi, qu’à Tokyo. Spectacle assez splendide et qui répond bien à tout ce que la Frau contient d’orientalisme induit, mais très médiocrement filmé hélas et dont la qualité de définition est assez piètre.
Ichikawa a placé le monde des Dieux dans les costumes et le cérémonial du théâtre Nô, alors que les humains sont vêtus comme des moyen-orientaux. Sawallisch fait exulter l’orchestre de Strauss bien plus qu’à Munich où il avait gravé pour EMI quelques années auparavant une lecture luxueuse et atone ; surtout il offre une distribution aussi inédite que convaincante :
Luana DeVol ne craint pas les régions stratosphériques et campe une Impératrice qui va pleinement réaliser son destin, Peter Seiffert, qui chanta très peu ce rôle, se révèle tout simplement le meilleur Empereur de la discographie, avec cet aigu solaire et cette ligne admirablement modelée où chaque mot fait sens, Janis Martin modère ses élans et campe une teinturière plus souvent blessée que revêche et Alan Titus est la vrai relève de Walter Berry pour un Barak pétri d’humanité. Ajoutez la Nourrice toujours aussi percutante de Marjana Lipovsek et vous aurez une Frau ohne Schatten assez formidable que vous écouterez finalement plus souvent que vous ne la regarderez.
Jean-Charles Hoffelé
Strauss : Die Frau ohne Schatten. Avec Luana DeVol, Peter Seiffert, Marjana Lipovsek, Jan-Hendrik Rootering, Janis Martin, Alan Titus. Choeur et Orchestre Symphonique de l’Opéra de Bavière, Wolfgang Sawallisch. Mise en scène : Ennosuke Ichikawa. TDK DVWW-OPFROS.
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