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Je suis bien d'accord avec vous pour Annick Massis : c'est du chant parfait à l'état pur, une sûreté de voix, une élégance et une distinction remarquables. Antonacci n'était pas mal, même si elle doit plusieurs fois forcer quelque peu ses moyens pour se tirer des difficultés de la tessiture du rôle de Rachel. Furlanetto, égal à lui-même, c'est-à-dire à mon sens, pas extraordinaire : mais je suis peut-être partial. Je sais qu'il a des afficionados. J'ai trouvé cependant qu'il se tirait bien des graves terribles que comporte ce rôle écrit pour une basse profonde et chantante à la fois, puisqu'il y a des passages dans l'aigu qui sont assez redoutables, suivis aussitôt après de passages dans le grave tout aussi redoutables.
Je ne partage pas votre point de vue sur la mise en scène. Je l'ai trouvé plutôt cohérente : le décor mobile permet de réaliser les différents lieux de l'action et le mouvement des chanteurs et des choeurs m'a paru plutôt intéressant, vivant et bien conduit. Et surtout, les éclairages sont magnifiques : la scène finale du bûcher est assez saisissante.
Ce que je déplore le plus est la suppression de la cabalette d'Eléazar, laquelle suit immédiatement l'air fameux "RAchel quand du Seigneur..". Evidemment, elle est difficile, d'autant qu'elle vient après un air lui-même éprouvant, ce qui fait un ensemble de vingt minutes de chant très élevé, ample et fatigant. Mais il me semble que Schicoff pourrait quand même s'y atteler ; il doit en avoir les moyens. Et pour la cohérence dramatique, elle est nécessaire. En effet, après "RAchel quand du Seigneur", Eléazar a décidé de sauver Rachel (donc de dire qu'elle est la fille de Brogni, ce qui la sauverait, lui assurerait un rang élevé dans la société chrétienne). Or, dans la mise en scène de BAstille (comme dans celle du DVD) on passe directement à la scène du bûcher. Il manque un maillon: la cabalette est ce maillon. Après "RAchel quand du Seigneur", Eléazar entend les chrétiens hurler aux abords de la prison: "A mort le Juif". Il revient sur sa décision de sauver RAchel. Après avoir proclamé "RAchel, non, tu ne mourras pas", il s'écrie, après avoir entendu les cris de la foule: "Et moi j'allais leur rendre ma RAchel" et il chante: "Dieu m'éclaire, fille chère, près d'un père viens mourir, et pardonne quand il donne la couronne du martyr", ce qui traduit sa décision de cacher à Brogni l'identité véritable de Rachel et de la livrer au bourreau.
Il est dommage que l'on monte des opéras en ôtant une aria essentielle dans le déroulement dramatique de l'intrigue. Mais bon, peut-être Shicoff (…) n'a pas les moyens de donner le contre ré de la fin de la cabalette.
H Rossi
Le Compte rendu de Jean-Charles Hoffelé
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