|
1971 : Rolf Liebermann est l’Intendant de l’Opéra de Hambourg depuis 1959 lorsque Peter Ustinov voit sa légendaire Flûte enchantée immortalisée par la subtile – et très moderne pour l’époque : la caméra suit les chanteurs comme si elle était portée à l’épaule – captation de Joachim Hess. Production magistrale embellie par les décors et les costumes de Jean-Denis Maclés, qui n’a pas pris une ride et que vous classerez dans votre vidéothèque juste à cote de celle de Bergman. Le spectacle est un enchantement, avec son mélange de réalisme et de merveilleux, son bestiaire décalé qui anticipe sur la poétique d’un Tim Burton et la distribution porte l’empreinte du génie de Rolf Liebermann.
Si l’on veut le Tamino de Gedda, mâle et argenté, c’est ici et non pas chez Klemperer qu’on le cherchera. Edith Mathis à l’orée de sa carrière qu’on devine idéale en Pamina, dont elle a les blondeurs capillaires comme vocales, lui donne des réparties attendries qui tirent des larmes. Formidable Papageno de William Workman, l’un des meilleurs de sa génération et que le disque n’avait pas documenté. Une perle noire : la Reine de la Nuit virtuose et terrifiante de Cristina Deutekom, colorature ravageuse qui n’avait dans cet emploi qu’une rivale absolue : Edda Moser. Hans Sotin en Sarastro (lui aussi au début de sa carrière), le Sprecher de Fischer-Dieskau, et Melchert donnant la main à Kurt Moll pour les hommes en arme. Un rêve que terni quelque peu la direction pesante de Horst Stein.
Jean-Charles Hoffelé
Wolfgang Amadeus Mozart : Die Zauberflöte. Nicolai Gedda, Edith Mathis, William Workman, Carole Malone, Hans Sotin, Cristina Deutekom, Dietrich Fischer-Dieskau, Choeur et Orchestre Philharmonique d’Etat de Hambourg, Horst Stein. Mise en scène Peter Ustinov.
Arthaus 101 265.
|