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On avait beaucoup aimé la Lady Macbeth selon Kusej proposée par l’Opéra des Pays Bas. Cette Elektra laisse plus circonspect et provoque même l’hilarité lorsque pour la danse finale les girls du Crazy Horse s’invitent d’une façon totalement incongrue et se vautrent dans le ridicule. Ah, grand moment d’absurdité contemporaine qui assurera sa place au palmarès des vidéos du rire à cette captation.
Mais qu’est-il donc passé par la tête de Kusej ? Il avait jusqu’à cet instant signé un spectacle cohérent, d’une force indiscutable, dont on pouvait bien entendu détester l’esthétique globale : un couloir occupe la scène, percé de toutes parts de portes d’où vont et viennent une foule stressée qui hésite entre la folie et le sexe. La cour des Atrides est devenu le lupanar d’Egisthe, monstre de débauche armé de son colt, qui déambule en robe de chambre entre deux prises de cocaïne, les Mägde enfilent des tenues SM, seule Clytemnestre paraît au fond bien peu concernée par ces orgies, alors que Chrysothemis en est préservée par ses tenues d’un blanc immaculée.
Elektre est une adolescente d’aujourd’hui, pure, intransigeante. Eva Johansson donne le change et assure crânement les défis d’un rôle pour lequel on la devine cependant un peu trop jeune. Mais elle sera demain l’une des Elektra majeure de sa génération, c’est certain. Lipovsek chante sa Clytemnestre sans en accuser les noirceurs, presque en liedersängerin, leçon de style qui se retranche trop du théâtre.Mélanie Diener éclate, radieuse en Chrysothemis, alors que Schasching s’avoue un Egisthe quelconque. Mais la véritable performance de la soirée, c’est encore un troupier qui nous l’offre. Il faut voir et entendre l’Oreste d’Alfred Muff, baryton straussien souverain (souvenez-vous de ses Barak à Munich !). En fosse, Donhnanyi dirige précis et transparent. Mais il manque à cette Elektra la violence, le raptus que Böhm ou Solti imposaient à leurs orchestres.
Jean-Charles Hoffelé
Eva Johansson, Marjana Lipovsek, Melanie Diener, Alfred Muff, Rudolf Schacshing, Chœur et Orchestre de l’Opéra de Zurich, Christoph von Dohnanyi. Mise en scène Martin Kusej. TDK SVWW-OPELEK
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