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Martin Kusej signe l’un des spectacles les plus fort de la saison, et probablement la vision la plus juste, la plus irrémédiablement noire que cette Lady Macbeth ait vécue à la scène. Monde de voyeur, assoiffé de sexe, dont le seul horizon est sous eux : la fange où tous tombent et meurent. Vision terrifiante d’un univers qui ne connaît que deux pôles, le viol ou le meurtre, et dans lequel Katia et Sergey essayent de vivre tant bien que mal une passion trompeuse mais ardente.
Décor terrifiant de simplicité et d’efficacité, costume d’un réalisme triste, et surtout une direction d’acteur incroyable par son « jusqu’auboutisme ». Il fallait assumer la volonté si réaliste de Martin Kusej qui se sert de la laideur sans hésiter, et tous relèvent le défi avec des moyens vocaux conséquents. Désormais Katerina sera pour nous Eva-Maria Westbroek, rayonnante et brisée, fragile mais avec des ressources vocales inépuisables (on avait pu en juger lorsqu’elle s’était mesurée à la Chrysothemis straussienne à Bastille), et Sergey trouve dans le métal, l’assurance, le charme presque carnassier de Christopher Ventris son incarnation absolue. Formidable Boris, toujours à l’affût, terrifié par ses propres noirceurs, de Vladimir Vaneev, commissaire dangereux, simplement monstrueux de Nikita Storojev. En fosse, Mariss Jansons déchaîne le Concertgebouw, pliant son symphonisme opulent aux violences dramatiques de la scène. Historique, tout simplement.
Jean-Charles Hoffelé
Chostakovitch : Lady Macbeth de Mtsenk. Avec Eva-Maria Westbroek, Christopher Ventris, Vladimir Vaneev, Nikita Storojev. Choeur de l’Opera des Pays-Bas, Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam, Mariss Jansons. Opus Arte OA0965D (distr. Codaex)
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