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Bernstein lance un regard furibond au cameramen, l’air de lui dire « alors, on y va ». Nous sommes en juillet 1988, il reste à peine plus de deux ans à vivre au chef américain et ce regard signifie qu’il sait que le temps lui est compté. Pas une minute à perdre avec les utilités, il faut aller à l’essentiel. Dans un allemand impeccable, il dresse en quelques mots, avec cet art du raccourci éclairant qui n’était qu’à lui, un portrait de Mozart alors qu’il composait le Requiem et introduit le spectateur à l’œuvre avec une clarté sidérante avant de dédier l’exécution à son épouse, Felicia Montealegre, disparue voici dix ans déjà.
Vous devrez commencer le visionnage de ce DVD par son bonus. Puis seulement programmer le concert dans la lumineuse et si rococo collégiale Notre Dame de Diessen, qui se mire dans les eaux de l’Ammersee. Lecture épique, visionnaire, tendre aussi, qui saisit tous les Requiems possibles en un seul geste.
Voir Bernstein, visiblement épuisé mais refusant de s’économiser, ajoute encore à l’émotion que produisait déjà la parution audio qui avait été fort discutée lors de sa publication. On lui avait reprochée un quatuor déparié, et le romantisme de son approche. Ce n’est certes pas un Mozart philologique, et oui, on peut regretter que Hauptmann soit trop clair de timbre et assez banal, mais la puissance du geste étreint et les trois autre solistes, notamment un jeune Jerry Hadley alors ténor Mozart idéal (cela ne va pas durer), épousent la lecture à fleur de peau du chef. Sur la dernière note, Bernstein produit un long diminuendo intemporel. La musique s’évapore, puis les cloches de la collégiale sonnent, avant que chef et solistes, après s’être donné l’accolade, abandonnent l’orchestre et le public au silence.
Jean-Charles Hoffelé
Mozart : Requiem. Avec Marie McLaughlin, Maria Ewing, Jerry Hadley, Cornelius Hauptmann. Chœur et Orchestre Symphonique de la Radiodiffusion Bavaroise, Léonard Bernstein. DG 00440 073 4135
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