|
Cette production du Rosenkavalier destinée à l’édition 2004 du Festival de Salzbourg fit couler beaucoup d’encre. En fait, seul le public ultra conservateur de la cité épiscopale pouvait se récrier devant la sage relecture de Robert Carsen. Comme à son habitude le metteur en scène canadien transpose l’action à l’époque de la création de l’ouvrage, soit à la veille de la première guerre mondiale. Ce sera sa seule audace. Il transporte sur la scène du Grosses Festspielhaus sa direction d’acteur subtile, et certains de ses tics, comme son amour inconditionnel pour les ballets de domestiques.
Découpage habile de la scène en plusieurs espaces qui permet de distribuer idéalement les actions parallèles ou secondaires par rapport à l’action principale, entrée d’Octavian et de sa rose d’argent à cheval et au grand trot ce qui ne manque pas d’allure. La suite d’Ochs est constituée d’une troupe de soudards. Voilà à peu près tout pour les aspects saillants d’un spectacle dont on ne regrettera pas la tranquille convention habilement revisitée. Si l’on avait servi au public salzbourgeois le Rosenkavalier de Ruth Berghaus (qui plantait tout le troisième acte dans les égouts de Vienne, entre autre), il aurait fallu appeler les secours !
La vraie réussite de cette soirée est musicale. Dans la fosse Semyon Bychkov dirige avec une sensualité décuplée, donnant à l’ensemble de la représentation des couleurs décadentes sans pour autant gommer la vitalité du théâtre, et tout le plateau fait son miel de cette vision défendue avec une grande attention à la scène. Pieczonka est une Maréchale au naturel déconcertant, tout sauf apprêtée, et quelques chose de l’interprétation de Lotte Lehmann semble survivre dans son chant comme dans sa silhouette. L’Octavian de Kirchschlager est un modèle pour qui veut son Quinquin en culottes de cuir. Seule Seefried pourrait à travers les décennies, lui en remontrer pour la masculinité et le caractère. Ochs subtil de Franz Hawlata, qui n’alourdit rien dans son interprétation et ne plombe pas sa voix qu’on sent parfois un peu ennuyée aux graves. Seule Miah Perrson reste en retrait pour une Sophie aigrelette. Comprimari parfaits comme toujours à Salzbourg. Ne manquez surtout pas le Chanteur italien de Piotr Beczala.
Jean-Charles Hoffelé
Détail du DVD
Pieczonka, Kirchschlager, Persson, Hawlata, Grundheber, Choeur de l’Opéra de Vienne,Orchestre Philharmonique de Vienne, Semyon Bychkov. TDK DVWW-OPRC.
|