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Rédacteur en chef : Alain Cochard
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09 Septembre 2006 - Paris - Compte-rendu : Mise à mort, reprise houleuse de la Lucia di Lammermoor selon Serban



Andrei Serban sait être facétieux. Les rappels pleuvent pour Nathalie Dessay, mais une claque peu avertie avait déjà sifflé les chœurs (!!!) et commençait à échauffer le public, toujours manœuvrable à vue, furieux de ne pas pouvoir agonir le metteur en scène, qui pourtant saluait. Serban comme il en a l’habitude s’était dissimulé dans le spectacle, endossant le costume d’un figurant. Il finira par ôter sa casquette et recevra une huée dantesque parfaitement injustifiée pour une production qui a fait ses preuves et reste probablement sa meilleure mise en scène lyrique. Nathalie Dessay proteste contre le public et défend son metteur en scène, une altercation avec un quidam venu coté jardin fait diversion, avant que les spectateurs n’éructent de plus belle. Rideau.

Voilà, c’était la rentrée de l’opéra de Paris, ses joueurs talentueux, ses houligans vocaux. Tout cela a un petit coté Parc des Princes. La pauvre Lucia en sortait encore plus martyrisée qu’à l’habitude, car c’est bien à son martyr que Serban nous prends à témoin. Etouffée dans un monde d’hommes maitres d’armes-gymnastes-tortionnaires, prisonnière de cet hémicycle où les bourgeois viennent assister à sa mise à mort, seule jusqu’au vertige, égarée dans un amour sans amant, peu de destin lyrique auront été si constamment tragique.

Actrice consommée (qu’attends le cinéma ?), Dessay s’engouffre dans le personnage en lui prêtant une vitalité enthousiaste dont la mise en pièce ne sera que plus cruelle. Elle habite l’espace de voltige que Serban avait imaginé sans croire un jour qu’une soprano pourrait l’utiliser avec ce sang froid et cette grâce d’écuyère : ni Mariella Devia, ni June Anderson n’avaient osé flirter avec les périls vertigineux des praticables, prises dans les conventions physique d’un rôle qui semble abonner Lucia à la Somnambule.

Prodigieuse en scène, Dessay l’est moins vocalement. Son contre ré est prudent, elle réserve au I et au II ses aigus, mais la voix a gagné en projection, ce médium s’est amplifié et porte loin, Traviata, son grand défi de demain, ne semble pas hors de portée. La phonation et la technique restent pourtant terriblement française, au point que ce bel canto savant, si intelligent, manque de la matière même du bel canto, d’une colorature où l’air s’infuserait, la note tendrait à l’azur. Pas de plaisirs hédoniste à attendre d’une telle voix, mais une incarnation fulgurante on l’a déjà dit, qui serait allée comme un gant à la Lucie française.

Pourtant, la folie, exaltée par les couleurs spectrales du glass harmonica, ce véritable dolce suono bien plus fantomatique que celui de la flûte habituelle, retrouve par des chemins qu’on n’a pas démêlé une vraie magie de belcanto assez soufflante. Aussi bien trouvée que soit la lecture de Serban, on ne peut pas lui pardonner la vulgarité de ses noces : il faudrait pouvoir empêcher ce trait de surligner en gras. C’est le seul bémol de la soirée, paysagée de la fosse par un Evelino Pido inspiré par Donizetti comme par tout le jeune belcanto romantique, sinon par l’idiome rossinien (sa terrible Sémiramide au printemps dernier au TCE) pas assez cependant pour aller jusqu’aux tréfonds dramatiques de l’œuvre.

Tézier peinait à rassembler sa voix mal projetée, souvent peu juste, Christian Jean sauvait par un jeu tranchant son ténor de plus en plus sec, Kwangchul Youn se montrait toujours aussi expert avec les noirceurs de Raimondo, un médiocre Arturo, Salvatore Cordella, dont le timbre claironné était cependant bien appareillé à son personnage de baudruche complétaient un plateau où brilla l’Edgardo de Matthew Polenzani : style impeccable, italien parfait (assez rare chez un jeune chanteur américain), avec dans la voix cette longueur miellée qui n’est pas sans rappeler le ténor di grazia du jeune Pavarotti.

Jean-Charles Hoffelé

Première de la reprise de Lucia di Lammermoor, Opéra Bastille, le 9 septembre, puis les 13, 17, 22, 25, 28 septembre et les 2, 6, 9, 12 et 16 octobre.

Dernière places disponibles !

Photo : Eric Mahoudeau/Opéra de Paris

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