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Peter Musbach se confrontant à Georg Büchner, même dans l’habillage musical d’Alban Berg, on pouvait craindre le pire. Le metteur en scène allemand ne renonce pas à certains de ses tics. Il grossit surtout le trait à loisir, tirant le docteur et le capitaine vers des caricatures grotesques qui seraient autant de handicaps si elles ne soulignaient pas avec une telle acuité à quel point Wozzeck reste dans ce monde de fous la seule personne censée malgré ses crises hallucinatoires. Musbach recourt au masque pour l’enfant, créant autour du fils de Marie toute une fantasmagorie morbide assez angoissante, et joue sans cesse la carte du dépouillement, aidé par des décors minimalistes. Un monolithe tournant sur lui même illustre d’une menace sourde les musiques d’interlude. Dale Duessing confirme qu’il est probablement le Wozzeck le plus naturel de sa génération, mêlant habilement chant et sprechgesang ; belle Marie, véhémente et touchante à la fois de Kristine Ciesinski qu’on est heureux de retrouver dans une aussi belle forme vocale (souvenez-vous, l’Ariane de Dukas sous la direction de Jordan, c’était elle !), Andres exemplaire de Barry Banks, excellents comprimari, tous emmenés par la baguette intense, narrative, d’un Sylvain Cambreling des grands jours.
En tous cas, une alternative au spectacle réaliste d’Adolf Dresen défendu avec plus de poésie par Claudio Abbado (Arthaus également).
Jean-Charles Hoffelé
Berg : Wozzeck. Sylvain Cambreling. Arthaus 102 031 (distr. Intégral)
Photo : DR
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