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Rédacteur en chef : Alain Cochard
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22 Juin 2006 - Paris - Compte-rendu de danse : Trio Béjart



Peu de chorégraphes vivants sont capables, comme Maurice Béjart, de remplir dix soirées d'affilée l'Opéra Bastille. Ni de susciter en fin de programme une telle ovation enthousiaste. Les trois pièces présentées, pourtant, ne sont pas d'égale valeur. Mais elles incarnent jusque dans leurs faiblesses le parcours unique d'un artiste qui occupe depuis près d'un demi-siècle le devant de la vie artistique.

Le Mandarin merveilleux ouvre le programme. Créé en 1992 par le Ballet Béjart Lausanne, il est ici repris par le Ballet de l'Opéra de Paris, trois ans après son entrée au répertoire. Dans des décors de friche industrielle façon Berlin années trente, - signés Stefano Pace - Béjart suit la trame de la pantomime composée par Bartok en 1926. Malgré les talents conjugués de Wilfried Romolli* en chef des truands, d'Alessio Carbone en prostituée travestie et de Kader Belarbi en mandarin, la pièce souffre d'un excès d'expressivité qui nuit au mystère. Trop lisible, trop linéaire, pour tout dire trop datée. L'engagement des danseurs et l'indéniable talent du maître à faire naître des images ne combleront pas les véritables amateurs.

Tout autre est le propos de Variations pour une porte et un soupir dont s'empare la troupe avec une belle énergie, quarante ans après sa création par le Ballet du XXe siècle. Sélectionnant seize des vingt-six variations imaginées par Pierre Henry, Béjart y met en œuvre le hasard, le refus de la sacralisation de l'interprète, l'irruption des gestes et bruits du quotidien, l'improvisation. Autant de concepts qui, à l'époque, ne dépassaient guère le cercle new-yorkais de la post-modern dance américaine… Depuis, Cunningham et d'autres les ont largement popularisés. Mais on n'en suit pas moins avec une curiosité amusée ces séquences à géométrie variables (solos, duos, trios, etc.) ponctuées de grincements et de vibrations. Dans sa forme même, l'œuvre a le mérite de témoigner du goût pour l'expérimentation constamment manifesté par le chorégraphe, un aspect de sa personnalité généralement recouvert par son extraordinaire aptitude à rassembler tous les publics.

Et c'est bien, d'ailleurs, d'unanimité absolue dont il est question dans le dernier ballet, le célébrissime Boléro. On a beau l'avoir vu et revu, on ne s'en lasse pas. Ni de la chorégraphie, si savante sous sa fausse simplicité, ni de ce décor réduit à l'essentiel, laissant toute sa place à la musique, ni enfin de ce rythme lancinant que semble inventer le soliste. Dansée par Nicolas Le Riche* dans le rôle de la Mélodie, l'œuvre atteint à la perfection. Ondulant, félin, ambigu instrument d'un rituel très païen, le danseur étoile réussit à créer, après l'inoubliable Jorge Donn, une figure d'ange pasolinien infiniment troublante. La salle finit debout, et ce n'est que justice.

* en alternance

A l'opéra Bastille jusqu'au 14 juillet...

Isabelle Calabre

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