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Rolando Villazon - Paul McCreesh, Gabrieli Consort - Haendel, Bach - Salle Pleyel - à partir de 96 euros

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Rédacteur en chef : Alain Cochard
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02 Mai 2006 - Paris - Compte-rendu : Alexandre Tharaud, petit prince du piano


Dans ce monde médiatique qui interdit qu’on parle des choses autrement que par ce qui devrait leur rester étranger, Alexandre Tharaud fait figure de Petit Prince du piano. Car il a l’ingénuité, l’ineffable légèreté et la profondeur spontanée du héros de Saint Exupéry. Ainsi est-il apparu l’autre soir à l’invitation de Jeanine Roze au Théâtre des Champs-Elysées. La trentaine adolescente, il n’a rien d’un athlète du clavier : on ne l’imagine pas montant à l’assaut des concertos de Prokofiev ou de Rachmaninov. Lui non plus, rassurez-vous. Avec son visage d’étudiant sage, il connaît parfaitement ses limites.

Ce ne sont pas les prouesses techniques qui l’attirent. Il chasse sur d’autres terres. Celles où fleurissent la beauté, l’intelligence et la curiosité. Il sait choisir ses programmes comme on compose un bouquet : du grand art. Seule la musique l’intéresse : il ne la sacrifie jamais à la vaine ivresse de vaincre une difficulté. Alexandre Tharaud a la sagesse de demeurer en-deça de ses possibilités. Nulle timidité, nulle prudence : question d’honnêteté.

En guise de mise en doigts, cinq exercices du grand Scarlatti : après Haskil et Horowitz, Tharaud ne craint pas de l’annexer au piano moderne. S’il excelle à faire alterner la griffe et la patte de velours, est-ce bien son monde ? De sombres nuées obscurcissent la baie de Naples comme ces pluies ardentes que le Vésuve déversa sur Pompéi : un Scarlatti tragique. Peut-on peindre un ciel hollandais sur un Canaletto ?

Loin de la lagune, voici les Miroirs de son cher Ravel où son cœur se reflète. C’est là son univers, mais nullement académique : le compositeur pointe une oreille novatrice. Celle-ci revisitera de même, après l’entracte, le monde trop souvent sirupeux des Valses de Chopin (1). Certes, Tharaud est du côté de Lipatti plus que de l’extraverti Arthur Rubinstein.

Pourtant, sans insister, il affirme son originalité. On est confondu de bonheur devant cet art de mettre soudain en relief de mystérieux arrière-plans et autres contre-chants (contrechamps). Un vrai musicien s’affirme dans la discrétion, mais avec détermination. Cet art supérieur de la nuance eût été plus apprécié sans les quintes de toux et les sonneries de portables qui ont défiguré la soirée. Quand les responsables de salles de concerts parisiennes vont-ils enfin se décider à faire des rappels à l’ordre après l’entracte et à ajouter à leurs messages anti-portable des conseils pour tousser pianissimo ? Cela se fait à Londres.

Jacques Doucelin

Théâtre des Champs-Elysées/ 2 mai

(1) Il vient de les enregistrer pour Harmonia Mundi.

Photo :DR

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