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23 Juin 2005 - Toulouse - Compte-rendu - Temistocle de Jean-Chrétien Bach renaît !


Christophe Rousset et ses Talens Lyriques découvrent le chef d’œuvre lyrique de Jean-Chrétien Bach dans l’écrin du Capitole

Nous sommes dix ans avant l’Idomeneo que Mozart écrira également pour Anton Raff et Dorothea Wendling, les créateurs d’Aspasie et de Temistocle. Jean-Chrétien Bach, au sommet de son art et porté par ses succès londoniens, savait qu’il composait une pièce maîtresse, à l’égal de son Amadis des Gaules. Si celui-ci fut pensé pour Paris, Temistocle fut l’objet d’une commande de l’Electeur de Mannheim pour son théâtre, l’un des plus vastes d’Allemagne : cinq milles places et une scène doté des jeux de machines les plus modernes de l’époque. Avec les trois ballets exogènes ajoutés à ses trois actes déjà vastes, le nouvel opéra de Jean-Chrétien dépassait les cinq heures.

Christophe Rousset a renoncé sagement aux ballets pour se concentrer sur le drame lyrique, d’une richesse psychologique et d’une somptuosité musicale qui occupaient toutes les conversations des mélomanes toulousains durant les entractes. Découverte assurément, et d’une partition majeure, qui n’a rien à envier aux opéras séria de jeunesse de Mozart, et les domine même d’une tête pour la qualité de l’écriture, l’invention de l’harmonie et de l’expression. Jean-Chrétien composa avec le plaisir que l’on suppose pour le grand orchestre de Mannheim qui avait opéré la révolution du Sturm un Drang dont son frère et principal professeur, Car Phillip Emmanuel avait été l’un des fers de lance.

Vaste formation, avec trois clarinettes d’amore, qui teintent l’œuvre en bien des moments de couleurs ambrées dont Mozart se souviendra certainement pour sa Clemenza di Tito. Un goût issu du Concert spirituel pour les airs avec obligato instrumental rappelle que Jean-Chrétien participa activement à la mode des Symphonies Concertantes. Les vastes arias à da capo recèlent autant de trésors dans les déplorations comme dans les fureurs, l’enchaînement de numéros plus brefs précipite les fins d’actes dans des accélérations dramatiques dont Mozart, là encore, s’inspirera.

Pour rendre justice à une partition exigeante avec ses chanteurs, Christophe Rousset ne s’est pas entouré d’une équipe égale : le ténor trop sec de Rickard Söderberg, avec ce médium incertain, peine à donner toute sa dimension torturée au personnage, outre que la vocalise et les aigus glorieux lui font défaut. On ne l’imaginerait pas un instant en Idomeneo, hors les typologies vocales de ces deux emplois, outre qu’elles aient été inspirées par le même chanteur, sont proches. Le Lisimaco de Raffaella Milanesi, soprano notoirement court, manquait de mordant, et savonnait ses ornements. Dommage, car le reste de la distribution réservait bien des découvertes : impossible de rêver Serse sous d’autres traits et surtout par une autre voix que ceux de Metodie Bujor, baryton-basse moldave au grain serré, au timbre sombre, au physique ténébreux. Le Neocle de Cecilia Nanneson est lui aussi plus vrai que nature, si peu travesti ; la voix retrouve les couleurs de celle de Berganza.

Peu aidée par Francisco Negrin qui lui impose de rire à presque toutes ses entrées, Marika Schönberg tire son épingle du jeu avec un certain brio, vocalement le timbre est parfois dur mais l’expression éclatante et la comédienne assez habile pour faire passer la caricature d’une favorite laissée à la torture de sa nymphomanie. A la fin de l’opéra Roxane s’en tire bien, Marka Schönberg également On était heureux de pouvoir entendre le falsetto élégant et puissant à la fois de Reno Troilus, Sebaste plus conquérant qu’intrigant. Ce jeune chanteur anglais a déjà abordé Oberon dans la production du Songe d’une nuit d’été de Britten proposée par l’Opéra d’Ecosse. Mais la palme revient à l’Aspasie d’Ainho Garmendia, la voix du bon dieu, un soprano moiré, avec un médium d’une palette expressive étonnante et une vocalise agile. C’est pour Aspasie que Jean-Chrétien écrivit ses plus beaux airs, et la jeune soprano basque leur rendait pleinement justice.

En fosse, Christophe Rousset animait la partition avec subtilité, mais l’on se prenait à songer que la musique, d’une telle qualité, auraient du l’emmener plus loin encore dans les tempos et les accents, un rien trop systématiques. Mais il vient de découvrir l’œuvre, à l’occasion de cette coproduction entre l’Opéra de Leipzig et le Capitole. Mise en scène violemment huée, et l’on se demande bien pourquoi tant elle était inoffensive à défaut de revendiquer une réelle inspiration. La cour de Serse, avec ses gardes en robes japonaises et ses suivantes glamour, tournait sur elle-même par le biais d’un ingénieux dispositif pivotant au dessus d’un plan d’eau. Belles images (malgré un méchant chromo de nénuphars au III), belles lumières qui parfois faisaient hiatus (lorsque Temistocle est censé être enchaîné), qu’une direction d’acteur trop appuyée animait avec une inspiration inégale.

Mais le miracle s’est bien produit, et l’on sait maintenant que l’on devra compter avec Temistocle. Puisse Rousset et ses musiciens, une fois qu’ils auront pénétré toute la force de cette partition majeure, la préserver au disque. D’ores et déjà France Musiques à enregistré l’écho de ces représentations perturbées par le méchant gravier qui recouvrait la scène, décidément bien bruyant. A quand désormais Amadis ?

Jean-Charles Hoffelé

Temistocle de Jean-Chrétien Bach, Capitole de Toulouse le 22 juin 2005.

Photo: Patrice Nin

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