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La foule se pressait aux portes de la grande salle de la Cité de la Musique où les places ce soir là n’étaient pas numérotées. Très vite l’auditorium se retrouva bondé et c’est avec fébrilité que chacun attendait le concert-évenement de la série « la transcription » qui réunissait la superstar du piano Martha Argerich (photo ci-contre), dont on sait que depuis longtemps elle se refuse aux prestations solitaires, et le maître d’œuvre de ces programmes, Michel Béroff (photo ci-dessous). Cette série consacre en quelque sorte un impérialisme du piano qui veut et peut tout s’approprier, malgré les inconvénients que cela représente parfois. En tout cas la formule à deux pianos rend mieux justice au caractère orchestral des œuvres transcrites.
Toute modeste, Martha Argerich entre sur scène vêtue d’une jupe imprimée aux couleurs vives et d’une veste noire sur laquelle retombe la célèbrissime chevelure dont la coupe n’a pas changé de puis les début de la pianiste. Michel Béroff, lui, est habillé de noir. Martha Argerich attaque la première phrase de Nuages, le premier des deux Nocturnes de Debussy joués ce soir-là, et c’est l’enchantement. Quelle sonorité fluide et irisée ! Les bois impassibles de l’orchestre ont fait place à un frémissement nimbé d’une douce lumière. Michel Béroff épouse magnifiquement cette proposition. Evidemment l’alternance tutti-soli caractéristique de la partition orchestrale est ici un peu perdue mais le jeu savant de la pédale donne un ton vaporeux fort à-propos. Si le lointain du cortège de Fêtes, le second Nocturne, est bien rendu par le fondu des deux pianos, son passage éblouissant perd dans cette version un peu de sa luminosité.
Martha Argerich et Michel Béroff s’en donnent ensuite à cœur joie dans la transcription de la symphonie classique de Prokofiev par Riyaku Terashima. Martha Argerich dit beaucoup apprécier cette transcription. Cependant cette œuvre délicieuse prend au piano une nature légèrement mécanique que l’orchestre évite.
La seconde partie du concert était consacrée à des autotranscriptions. Les danses symphoniques de Rachmaninov, malgré le jeu ébouriffant des deux pianistes, accusent quelques banalités d’inspiration masquées habituellement par le faste orchestral. On ne peut faire ce reproche à la Valse de Ravel dont l’écriture serrée et le rythme alternant abandon et frénésie conduisent à une apocalypse que les pianistes ont su rendre terrifiante.
Contraste total avec le premier bis consacré à Ma Mère l’Oye de Ravel où Martha Argerich joue la partie du haut dans un quatre mains avec Michel Béroff. Moment de poésie miraculeux. On aurait pu en rester là puisque l’extrait de Scaramouche de Darius Milhaud donné en deuxième bis a été un peu bâclé et que pour terminer ce fut une reprise de la première danse symphonique de Rachmaninov. Mais le public était insatiable et on le comprend.
Sylvain Hochard
Le 13 décembre 2002 à la Cité de la musique
Photo : DR
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