|
Les Chorégies d’Orange en 2001 avaient privilégié les drames romantiques de Verdi. C’est la fantaisie et le merveilleux de la Flûte enchantée qui sont à l’honneur cette année pour l’ouverture de l’édition 2002 de ce vénérable festival. Bien des déboires ont menacé cette production dont la première représentation a eu lieu le 6 juillet : Myung Whun Chung, déclarant qu’il ne pourrait diriger son orchestre, fut d’abord remplacé par le chef anglais Christopher Hogwood ; Sumi Jo, la Reine de la Nuit, et Russel Brown, Papageno, ne purent se rendre aux Chorégies, et l’on dut faire appel au dernier moment à Aline Kutan et William Dazeley ; le temps lui-même fut menaçant dans les heures précédant la représentation, et le vent n’a cessé de souffler tout au long du concert. Cependant cette conjonction d’imprévus n’a eu que peu d’influence sur la soirée du 6 juillet, tant le spectacle offert par l’ensemble des artistes, dans le cadre si majestueux du théâtre romain, nous a paru magnifique.
Si la mise en scène de Gilles Bouillon a pu sembler classique, et évoquer aussi le film d’Ingmar Bergman, il n’en reste pas moins que la direction des acteurs et l’occupation du vaste proscenium, peu évidente pour un opéra tel que la Flûte enchantée, étaient tout à fait convaincantes. Dès l’ouverture, la présence sur le devant de la scène de deux enfants lisant un livre de contes sans doute, donnait une orientation merveilleuse à la pièce, ce qui expliquait certaines naïvetés voulues, comme le dragon dans la première scène, ou le « chœur » des animaux intervenant à plusieurs reprises. Par ailleurs, la qualité du jeu théâtral de la plupart des chanteurs, la splendeur des costumes de Marc Anselmi, les éclairages nuancés, et le décor élégant de Nathalie Holt, respectant dans l’ensemble les indications données et insistant sans trop d’excès sur la dimension symbolique de l’œuvre, ont concouru à la réussite de cette représentation.
Ainsi, la fin du premier acte et du deuxième acte étaient particulièrement réussie, tandis que la production offrait de beaux moments, renforcés par la qualité des chanteurs, au premier rang desquels figure le couple Jorma Silvasti-Soile Isokoski, respectivement Tamino et Pamina (photo ci-contre). L’un des sommets de la soirée fut l’air de Pamina au deuxième acte « Ach, ich fühl’s », chanté par une Soile Isokoski bouleversante de fragilité et d’émotion. Mais le reste des chanteurs se hissait au niveau du couple principal, notamment Rene Pape en Sarastro. Quant à l’Orchestre Philharmonique de Radio France, présent dans la fosse, il fut remarquablement dirigé par C. Hogwood, qui, en chef baroqueux, a privilégié la légèreté, un usage modéré du vibrato, une grande lisibilité des registres, et des tempi enlevés.
Chorégies d’Orange, le 6 juillet 2002.
Christophe Corbier
Photo : Grand Angle orange
|