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Invités cette année au Festival de Saint Denis en Seine-Saint Denis, sir Simon Rattle et l’Orchestre de l’Age des Lumières ont donné, les 30 et 31 mai 2002, une splendide Passion selon Saint Jean de J-S.Bach à la Basilique royale. Le chef anglais a offert une vision d’emblée très dramatique de l’œuvre, et profondément humaine : dès le début, il a mis en valeur la dimension pathétique contenue dans les dissonances des flûtes et des hautbois ; ce dramatisme a été renforcé par l’entrée des chœurs, qui ont su rendre le désespoir tragique des hommes implorant Dieu.
Rattle, tout au long du concert, a réussi à tirer de l’orchestre des nuances infinies et délicates, sachant le déchaîner aussi au moment les plus dramatiques, sans jamais toutefois tomber dans la grandiloquence ni un pathos outrancier, et laissant une grande liberté aux instrumentistes. Sa direction était tout en retenue pudique, sans effets excessifs ; le regarder sculpter le son et obtenir des musiciens ce qu’il voulait constituait un plaisir véritable. Un moment de poignante beauté fut le silence béant qui s’installa lors de la mort du Christ : la qualité de ce silence fut exceptionnelle.
Quant aux chanteurs solistes, ils ont été remarquables dans l’ensemble : le ténor Ian Bostridge a incarné un récitant digne et pénétrant ; le timbre très pur de la soprano a fait merveille dans les airs qui lui étaient dévolus ; le Christ était interprété par une basse profonde, au timbre noble, rempli d’humanité et de douceur. Seul le contre-ténor Michael Chance, dont l’émission était trop courte, paraissait un peu en retrait par rapport aux reste des chanteurs. Bref, le Festival de Saint Denis ne pouvait mieux commencer.
Christophe Corbier
Photo : Emi
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