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Stanislas de Barbeyrac et Alphonse Cemin aux Lundis musicaux de l’Athénée – Princière poésie – Compte-rendu

Porté par son succès en Chevalier de la Force lors de la récente reprise des Dialogues des Carmélites au théâtre des Champs-Elysées (1), Stanislas de Barbeyrac (photo) a entraîné un public nombreux à l’Athénée pour un « Lundi musical » en compagnie du pianiste Alphonse Cemin.

La maison de Louis Jouvet est pleine à craquer pour découvrir un programme « A la bien aimée lointaine ». Comme l’intitulé le laisse supposer, Beethoven est présent avec An die ferne Geliebte, précédé d’Adélaide – petit supplément au programme annoncé. De Barbeyrac est l’un des plus exceptionnels chanteurs français de la jeune génération ; quelle fantastique évolution – sur un plan tant vocal que scénique – montre-t-il depuis l’époque de l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris !  Reste que ce n’est sans doute pas dans ce cycle du compositeur allemand qu’on le découvre sous son meilleur jour, donnant l’impression de demeurer toujours un peu marge de l’Opus 98, même si la qualité du travail accompli avec le pianiste force le respect.

C’est en revanche au cœur de son sujet qu’on retrouve le ténor pour la suite de la soirée, avec d’abord des Nuits d’été de Berlioz à marquer d’une pierre blanche. Dénué de toute affectation, l’art des mots de Barbeyrac fait regretter que l’artiste ne se consacre pas plus abondamment à la mélodie – et que les ténors ne fassent pas plus souvent honneur à ce chef-d’œuvre ! Aucune tentation d’appuyer, de charger l’expression : on n’est pas près d’oublier la princière poésie du Spectre de la rose, la douleur aussi intense que dominée d’Absence ou la prégnante étrangeté d’Au cimetière et de L’Île inconnue. Que de merveilles aussi de la part d’un Alphonse Cemin qui, on le comprend dès une Villanelle subtile et nuancée, tire le meilleur de la partie de clavier (il faut une sacrée science de l’instrument pour distiller de pareille façon celle du Spectre de la rose ...).
La complicité du duo s’avère aussi parfaite dans les Banalités de Poulenc. Stanislas de Barbeyrac y montre l’étendue et la justesse de sa palette expressive, de la franchise de la Chanson d’Orkenise aux ambiguïtés des Sanglots, en passant par un Hôtel où la langoureuse paresse des vers d'Apollinaire peu compter sur un piano capable d'une stupéfiante immatérialité.

Trois bis (Sérénade de Don Juan de Tchaïkovski, la «Fleur » de Carmen – admirable ! –,  « J’ai fait trois fois le tour du monde ... » des Cloches de Corneville de Planquette) pour achever de combler un public sous le charme d’un duo que l’on espère pouvoir vite réentendre.  

Alain Cochard

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(1) Lire le CR : www.concertclassic.com/article/dialogues-des-carmelites-au-theatre-des-champs-elysees-retour-la-perfection-compte-rendu
 
Paris, Théâtre de l’Athénée, 19 février 2018 / Prochain « Lundi musical » (le dernier de la saison) le 14 mai avec Edwin Farini (baryton-basse) et Tanguy de Williencourt/www.concertclassic.com/concert/kindertotenlieder

Photo © DavGemini

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