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Paris - Compte-rendu : Khachatryan, l’émotion pure


La journée du vendredi 27 mai avait commencé, attristée par la nouvelle du décès de Rostropovitch… En soirée, le jeune violoniste Sergey Khachatryan (photo) est venu mettre du baume au cœur des mélomanes. Depuis son Premier Prix au Concours Reine Elisabeth 2005, le nom de l’artiste arménien (22 ans) est fréquemment cité dans le peloton de tête des violonistes de sa génération. Le disque y a d’ailleurs amplement contribué et l’on conseille à tous ceux qui ne l’auraient pas encore découvert de se procurer l’enregistrement des deux concertos de Chostakovitch réalisé avec Kurt Masur et l’Orchestre National (Naïve) - l’une des grandes versions modernes de ces ouvrages tests !

Khachatryan avait déjà eu l’occasion de se produire avec orchestre, mais la soirée au TCE constituait son premier récital parisien. L’enjeu était de taille ; l’interprète s’est montré à la hauteur de l’enjeu.

Entrée en matière en solo avec la Chaconne de la 2ème Partita. Khachatryan ou l’anti-premier prix de concours : rien de hautain, de distant dans une conception où la musique est explorée jusque dans ses moindres détails – mais sans une once de maniérisme - et servie par une palette de couleurs immense. La poésie, la chaleur, l’humanité de son jeu – et la beauté du Stradivarius qu’il joue (le Huggins de 1708) ! - transforment la pièce de Bach en un superbe prélude à une soirée de bonheur pur.

Talentueuse pianiste, Lusine Khachatryan, la sœur aînée (de deux ans) du violoniste le rejoint pour le reste du récital. Sonate de César Franck et Sonate de Chostakovitch : on ne peut pas accuser l’artiste d’avoir choisi le programme le plus « public » pour ce premier récital. Le succès qu’il remportera in fine n’en devient que plus mérité.

Le violoniste habite la Sonate de Franck d’une respiration à la fois large et ardente. En écoutant cette partition phare, révélatrice s’il en est du tempérament de ses interprètes, la qualité première de Khachatryan (les considérations techniques n’étant plus de mise à ce niveau) s’impose : le jeune Arménien possède une extraordinaire capacité d’être toujours émouvant sans jamais céder un seul instant au sentimentalisme. Le 3ème mouvement donne toute la mesure de son imagination poétique, d’un discours où le sentiment de liberté s’appuie sur une construction rigoureuse. Au cours de ce Franck on se serait toutefois bien passé d’applaudissements intempestifs à la fin du 2ème mouvement…

L’intelligence, la complicité que la pianiste manifeste sont d’un grand prix pour un archet qui ne convainc pas moins dans la Sonate de Chostakovitch. La densité de cette composition souligne la maturité et le sens des caractères d’un jeune maître qui fuit l’effet et les gros sentiments autant qu’il touche à son but avec une rare force d’émotion.

Triomphe et trois bis : Rachmaninov, Gershwin/Heifetz et Khatchaturian.

Alain Cochard

Théâtre des Champs-Elysées, 27 avril 2007

Programme détaillé du Théâtre des Champs-Elysées

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