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Orchestre des Jeunes d’Île-de-France – Partage d’expérience

Mercredi 18 avril à Paris, dans le cadre majestueux de l’église Saint-Eustache, l’Orchestre des Jeunes d’Île-de-France, sous la baguette de David Molard, son directeur musical, est à l’affiche d’un concert réunissant des œuvres de Poulenc et Saint-Saëns, avec Thomas Ospital à l'orgue.

Ce rendez-vous printanier offre une occasion toute trouvée pour revenir sur une belle aventure musicale et humaine. En cours de saison 2015-2016, des musiciens étudiants au Pôle Supérieur Paris Boulogne-Billancourt et au Conservatoire National Supérieur de Paris ont pris l’initiative et lancé l’Orchestre des Jeunes d’Île-de-France, désignant David Molard (ancien assistant de Paavo Järvi à l’Orchestre de Paris) au poste de directeur musical. Le Concerto pour violon de Mendelssohn, une création de Bechara El Khoury et la 1èreSymphonie « Titan » de Mahler étaient au programme du concert du 2 juillet 2016, qui porta l’OJIF sur les fonts baptismaux (1). Autant dire que, d’emblée, ambition et goût du risque étaient clairement affichés ! A l’automne dernier, c’est à Octobre et à la Symphonie n° 12 « L’Année 1917 » de Chostakovitch que la formation s’est attaquée, autre défi de taille – brillamment relevé ! (2) – à l’orée d’une saison riche de quatre programmes.

David Molard © Matthieu Joffres

Partager l’expérience

Des orchestres de jeunes, à commencer par l’irremplaçable Orchestre Français des Jeunes (fondé en 1982), existent déjà, mais ne sauraient répondre à tous les besoins ; l’OJIF a donc sa pleine légitimité. «Il n’était pas question de se rajouter dans le paysage musical sans véritable objectif. Nous cherchons, explique D. Molard, à nous placer sur la « niche » de musiciens pré-professionnels, qui ont énormément de talent mais manquent de l’expérience que des gens déjà en poste possèdent et vont pouvoir leur faire partager."
Des encadrants issus de grands orchestres (Orchestre de Paris, Orchestre National, Orchestre Philharmonique, Orchestre National d’Île-de-France, mais aussi Estonian Festival Orchestra, Mahler Chamber Orchestra ou Scottish National Orchestra) constituent des rouages essentiels dans le fonctionnement de l’orchestre. A 31 ans, Rémi Grouiller, hautboïste à l’Orchestre de Paris et professeur au CRR de la rue de Madrid, est depuis le départ associé à l’OJIF dont il supervise l’harmonie. « J’apporte mon expérience sur des choses parfois très pragmatiques, intonation, mélange des timbres, équilibre dans les nuances. Musicalement, je constate que ces jeunes musiciens ont déjà des idées très claires ; je les pousse à aller au bout de celles-ci, idées qui se révèlent souvent extrêmement intéressantes. Des idées que je n’aurais pas forcément, ajoute-t-il en toute humilité ; c’est tout l’intérêt de l’expérience d’encadrant que l’échange qui s’établit avec les jeunes musiciens. »

Rémi Grouiller © orchestreparis.com

Pas de chef omniscient

« A l’OJIF tout le monde est collègue, renchérit D. Molard, il n’y a pas le chef et les encadrants qui joueraient le rôle de professeurs et des musiciens que l’on considérerait comme des « élèves ». Tout le monde a le droit à la parole, c’est l’expérience qui tranche ! Ce n’est pas mon orchestre, je ne suis pas le chef omniscient », poursuit un directeur musical qui se considère comme « représentatif d’une nouvelle génération de chefs » et se définit volontiers comme un « coach », à l’opposé du maestro tout puissant imposant, sans discussion possible, sa vision des œuvres. « A l’OJIF, la transmission s’effectue dans les deux sens, il y a une interaction pour un jeune chef qui apprend aussi auprès des encadrants et des musiciens, reconnaît D. Molard.»
Le désir d’acquérir une expérience reste toujours la motivation principale des instrumentistes qui participent à l’OJIF. « Il est intéressant de voir pourquoi ils ont voulu venir, note R. Grouiller ; l’OJIF a un rôle important, parce que les orchestres de jeunes existants ne peuvent accueillir tout le monde, mais aussi parce que les musiciens savent qu’ils y feront des choses qui ne se présenteraient pas ailleurs » ; des solos exposés qu’on ne leur confie pas lorsqu’ils sont « cachetonneurs » dans des orchestres professionnels.

© ojif

A la recherche d’un financement solide

Pas un euro à gagner à l’OJIF, seulement de l’expérience ! « C’est une aventure complexe, explique D. Molard, car nous n’avons aucun soutien financier public ou d’entreprise, uniquement du mécénat privé, important mais pas suffisant Nous sommes tous bénévoles, moi, les encadrants et les musiciens. C’est le sujet qui avance le moins vite ; la prochaine étape pour nous sera de parvenir à trouver un vrai financement suffisamment important pour permettre de commencer à rémunérer les personnes qui s’investissent dans l’orchestre. Le but n’étant évidemment pas de rémunérer comme un orchestre professionnel. »

Le Collegium pour le baroque

Pour le moment l’OJIF avance, avec un insatiable appétit de musique qui a aussi conduit à la création en mars 2017 du Collegium , la branche baroque de l’orchestre (nous y reviendrons dans un prochain sujet). Christophe Dilys dirige cette formation où l’on trouve, pour une moitié des musiciens de l’OJIF alternant entre instruments moderne et baroque, pour l’autre des profils plus spécialisés en musique ancienne. Un Collegium au sein duquel on a d’ailleurs pu apercevoir, à la sacqueboute, un certain ... D. Molard !
 

Bechara El Khoury © Durand-Salabert-Eschig

Bechara El Khoury en résidence

On l’aura compris, l’autocratie n’a pas droit de cité à l’OJIF et cela vaut aussi pour la construction des programmes. « Je suis force de proposition, pas force de décision » : D. Molard écoute les musiciens et décide avec eux. Dans cet esprit s’est mise place la résidence de Bechara El Khoury, fervent soutien de l’OJIF depuis la toute première heure. Une résidence (pour l’année 2018) installée avec l’appui financier de la Sacem, « dans des conditions bien plus modestes que dans un orchestre professionnel, précise D. Molard, et nous savons gré au compositeur de la gentillesse avec laquelle il les a acceptées. »
Commencée le 15 février à la Seine Musicale, la résidence se poursuivra le 15 juin (au théâtre Rutebeuf de Clichy) avec la création mondiale, sous l’archet du violoncelliste Louis Rodde, de Chant de lumière pour la Sainte Vierge. C’est d’ailleurs la totalité du Trio Karénine qui prendra part à un concert comprenant en outre le Tzigane de Ravel, sous l’archet de Fanny Robilliard, et le trop rare – et merveilleux – Konzertstück op. 92 de Schumann, avec Paloma Kouider au clavier. En seconde partie, tous se retrouveront dans le Triple Concerto de Beethoven. Quant au point d’orgue de la résidence de B. El Khoury à l’automne, le lieu et la date ne sont pas encore connus mais on sait que l’on y entendra, du compositeur franco-libanais, le Concerto pour clarinette par Patrick Messina – excusez du peu ! – et la 2èmeSymphonie (écrite pour l’OJIF) en création mondiale. Année Debussy oblige, La Mer refermera le programme.

Thomas Ospital © Chris White

Avec orgue – et improvisation !

La musique française va d’ailleurs bientôt occuper l’OJIF puisque, le 18 avril, il fait équipe avec Thomas Ospital – l’un des organistes les plus doués de la nouvelle génération – dans le Concerto de Poulenc et la 3èmeSymphonie de Saint-Saëns. Comment s’est mise en place cette collaboration ? Le plus simplement du monde : un coup de fil du directeur musical a suffi pour obtenir l’adhésion enthousiaste du jeune organiste. L’orgue fait partie des nombreux instruments que D. Molard a pratiqués et il tenait à ce qu’il soit un jour au l’autre associé à l’OJIF. Ce sera fait au cours d’une soirée où Thomas Ospital offrira aussi – le chef y tenait absolument – une improvisation : raison de plus de ne manquer sous aucun prétexte le rendez-vous de Saint-Eustache !

Alain Cochard

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(Rencontre avec David Molard et Rémi Groullier le 23 mars 2018)
(1) www.concertclassic.com/article/concert-inaugural-lorchestre-des-jeunes-d...
 (2)Visionner l’intégralité du concert du 25 octobre 2017 : youtu.be/MFUxRNGPFeI
 
Orchestre des Jeunes d’Île-de-France, dir. David Molard / Thomas Ospital, orgue
Œuvres de Poulenc et Saint-Saëns
18 avril 2018 – 20h30
Paris – Eglise Saint-Eustache
www.concertclassic.com/concert/recit-du-grand-orgue

Site de l'Orchestre des Jeunes d'Île-de-France : www.ojif.fr/

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