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Les Révélations classiques de l’ADAMI à Prades – Pépites d’avenir - Compte-rendu

A quelques kilomètres de Prades, la belle église du village de Catllar accueille depuis quelques années, chaque 3 août, les nouvelles Révélations classiques de l’Adami dans le cadre du Festival Pablo Casals. Constituée comme de coutume de quatre instrumentistes et quatre chanteurs sélectionnés par les soins de Sonia Nigoghossian et Françoise Pétro, conseillères artistiques enthousiastes et avisées, la 17ème édition des Révélations classiques a permis à un public nombreux de découvrir huit musiciens au futur prometteur.

A Guillaume Sigier (né en 1988) revient la délicate tâche d’ouvrir un concert où chacun ne dispose que de peu de temps pour s’exprimer. Ancien élève d’Henri Barda et de Roger Muraro, le pianiste offre une Sonate en si mineur K. 87 de Scarlatti où une alliance de lyrisme et de calme souverain fait mouche, servie par une palette sonore nuancée et une grand lisibilité du jeu. La virtuosité est ensuite de mise avec Alborada del gracioso, mais l’interprète ne dévoie jamais une pièce souvent trahie par des exécutants en quête d’effets faciles et le traitement de la partie centrale montre sa sensibilité.

Née en 1992, Irène Duval a été formée par Agnes Kwasniewska, Suzanne Gessner puis Roland Daugareil, auprès duquel elle termine actuellement ses études au CNSMD de Paris. D’abord en duo avec la pianiste Sophie Teulon (merveilleuse complice de l’ensemble du concert), la violoniste livre un Clair de lune de Debussy délicat, onirique à souhait et d’une poésie toute verlainienne. En solo, elle s’attaque ensuite à la transcription du « Roi des Aulnes » par Heinrich Wilhelm Ernst et demeure attentive au chant en dépit des innombrables difficultés auxquelles cette pièce redoutable confronte l’exécutant.

Déjà connu des mélomanes (des fidèles du Festival de Pâques de Deauville entre autres), Yan Levionnois (né en 1990) associe lui aussi duo et solo. Il y a quelque temps que nous n’avions pas entendu le violoncelliste autrement que dans des ensembles relativement fournis ; l’Adagio de la 2ème Sonate op 99 de Brahms souligne la maturation du son qui s’est opérée chez le jeune interprète. La densité expressive de son approche, le sens qu’il parvient à donner au passage en pizz. – magistral – laissent sans voix. Et chapeau à Sophie Teulon pour sa façon de faire corps avec le fervent archet de son partenaire ! On ne résiste pas plus à la Toccata finale de la Sonate pour violoncelle seul de Crumb, âpre, concentrée et d’un admirable aplomb virtuose. La jeune génération des violoncellistes français est décidément très impressionnante…

Mettre la technique au service de l’expression, tel est aussi l’impératif d’Olivier Stankiewicz, hautboïste surdoué, ancien élève de David Walter, Jacques Tys, Alexei Ogrintchouk et Maurice Bourgue. A 23 ans, il est déjà hautbois solo de l’Orchestre National du Capitole de Toulouse… Contrôle parfait du son : il distille les Romances nos 1 et 2 de Schumann avec une magnifique vocalité, avant d’aborder les Etudes nos 5 et 6 pour hautbois solo de Gilles Silvestrini (né en 1961). Scène de plage-Ciel d’orage, Boulevard des Capucines : ces titres charmants cachent des pages d’une difficulté terrifiante. Maître de la respiration continue, l’interprète s’en joue avec brio pour dévoiler de merveilleux horizons poétiques.

Concertclassic vous avait signalé le talent du baryton Mathieu Gardon (né en 1987) à l’occasion de sa participation au spectacle Tailleferre-Ravel du CNSMD de Lyon en janvier dernier (M. Gardon est issu de la classe que Françoise Pollet dirige dans cet établissement). Singulier parcours que celui d’un artiste qui, après s’être dirigé vers le métier de maïeuticien a décidé de se consacrer pleinement au chant. Les amoureux d’opéra et de mélodie y ont gagné un musicien à la voix chaudement timbrée et à la diction admirable, sans parler de sa présence étonnante. On avait adoré son Ramiro lyonnais, il en reprend l’air d’aussi convaincante façon, avant d’attaquer celui d’Harlekin (Ariadne auf Naxos) et de conclure avec celui d’Achille (Giulio Cesare), d’une intelligente vaillance. M. Gardon ne pouvait mieux montrer en quelques minutes l’étendue de son potentiel.

Les chanteurs choisis par l’Adami cette année font sacrément honneur au CNSMD de Lyon. Outre M. Gardon, le ténor niçois Rémy Mathieu (né en 1989), après avoir fait partie de 7 à 11 ans des Petits Chanteurs de Monaco, a lui aussi étudié dans la cité des Gaules avec Françoise Pollet, avant de passer une année dans la classe de Francesco Araiza à Stuttgart. Repéré lors de sa participation à la création de Claude de Thierry Escaich à la fin de la saison passée à l’Opéra de Lyon (il était Premier personnage et Deuxième surveillant), puis pour son Monostatos dans la récente Flûte enchantée lyonnaise, il livre une interprétation intensément vécue de l’air « Unis dès la plus tendre enfance » (Iphigénie en Tauride), avant d’aborder le « Se il tuo duol » d’Arbace (Idomeneo) où l’on admire un timbre lumineux, sans acidité et une projection remarquable, autant que l’ardeur maîtrisée d’une approche pleine de style.

La mezzo-soprano Ahlima Mhamdi sort elle aussi du CNSMD de Lyon où elle a travaillé avec Isabelle Germain et Fabrice Boulanger. Après sa participation au Studio de l’Opéra de Lyon en 2011-2012, elle intègrera en septembre prochain la troupe du Grand Théâtre de Genève. Beauté du timbre, profonde musicalité : elle fait merveille dans l’air « Parto, ma tu ben mio » (La Clemenza di Tito) abordé avant autant de sensibilité que d’autorité vocale. On n’y résiste pas plus qu’au « Oh, la pitoyable aventure » (L’heure espagnole) dont le chic et le “chien“ soulignent une expérience déjà très solide de la scène.

Née en Guyane, Marie-Laure Garnier a d’abord étudié la flûte traversière avant de se tourner vers le chant. Elève de Malcolm Walker au CNSMD de Paris, la jeune soprano n’y a pas encore terminé son cursus mais on peut sans risque parier qu’on va entendre parler de cette artiste étonnante par l’étendue, la richesse, l’homogénéité et la puissance de sa voix. Elle est de celles qui peuvent calmement affronter l’immensité de Bastille ou le Mur d’Orange… Un frisson parcours le public lorsqu’elle attaque l’air « Pleurez mes yeux » (Le Cid). L’impressionnante force d’émotion qui se dégage de son interprétation n’est pas moindre dans l’air de Marguerite « Ach, neige du Schmerzenreiche » tiré des Scènes de Faust de Schumann. Français, allemand, italien, russe : tous les répertoires et des rôles parmi les plus exigeants sont à la portée de Marie-Laure Garnier, révélation au sens plein du terme.

Applaudissements nourris d’un public nombreux et aux anges, gratifié d’un bel arrangement (signé Olivier Stankiewicz) pour hautbois, violon, cello et piano d’Oblivion de Piazzolla et d’un croustillant quatuor de La Périchole.

Alain Cochard

Concert des Révélations classiques Adami 2013 - Cattlar, 3 août 2013

De gauche à droite : Marie-Laure Garnier, Rémy Mathieu, Mathieu Gardon, Olivier Stankiewicz, Irène Duval, Guillaume Sigier, Yan Levionnois

> Voir Irène Duval interpréter Clair de Lune de Debussy

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Photo : Nemo Nemirovitch Perier
 

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