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Chorégraphes américains à l’Opéra de Nice - L’air du large - Compte-rendu

Point commun entre Gene Kelly, Claude Bessy, Eric Vu An et la musique de Gershwin ? Une irrépressible énergie, une vitalité à toute épreuve, qui fait relever la tête et les jambes à chaque coup du sort. Ce spectacle monté à l’Opéra de Nice par le nouveau directeur du Ballet Nice Méditerranée en est la preuve éclatante. Pièce maîtresse et coup d’éclat, ce Pas de Dieux qui fut le grand succès du tandem Kelly-Bessy : lui, star mondiale, avait 48 ans, elle était au faite de sa ravageuse beauté et de son talent solaire. La rencontre fut craquante: il fit d’elle une Aphrodite canaille et bon enfant, descendue sur terre pour changer de l’Olympe, flirtant avec toute moustache à l’horizon, avant d’être reconquise par son époux, l’irascible et séduisant Zeus. Le tout sur fond de Concerto en fa de Gershwin, avec costumes à rayures, justaucorps sexy, mines affolantes et hanches sinueuses, mais en restant dans les limites de la bienséance américaine de mise dans les années 60, alors que la France, après s’être serrée la ceinture, se serrait la taille - que Bessy avait fort fine - façon BB dans sa jupe de vichy.

Lié à Claude Bessy par une affection profonde, Vu An, qui fait ici une savoureuse apparition en dur de dur, a obtenu de l’infatigable ex-directrice de l’Ecole de Nanterre, de retrouver ses souvenirs - impeccables - et de venir insuffler un peu de son énergie à la compagnie, laquelle avance ainsi à grands jetés vers un niveau international. Tout fut refait à l’identique d’après les maquettes originales dans les ateliers de la Diacosmie : un gros effort budgétaire et artistique, et une réussite étonnante tant on sait combien les ballets se démodent. Au bout d’un demi-siècle, avec des danseurs vifs et trémulants, une Aphrodite piquante, Sophie Benoit, voilà une bouffée de grand air, de swing frais dont l’orchestre est le premier à se régaler, sous la direction tonique de Philippe Auguin : ce même swing qui surprit tant à l’Opéra de Paris où il secoua quelques poussières à sa création. Juste un petit regret adressé au défunt Kelly : qu’il ne fit pas passer dans son ballet un peu plus de ce tap dance qu’il tournait comme une crème fouettée. On imagine tellement bien un Hermès en claquettes, par exemple.

Dès le début, le programme, qui disait la passion de Vu An pour le Nouveau Monde, ouvrait sur un zakouski hilarant, The Envelope de David Parson, créé en 1984 à New York et remonté par Elisabeth Koeppen, sur des extraits de Rossini : un des rares ballets comiques du répertoire, avec des postures proches des Pilobolus, et bénéfiques pour les habitudes classiques de la compagnie. Puis l’Allegro brillante de Balanchine, sur l’inachevé 3e Concerto de Tchaïkovski, bien dans le style musical et élégant du maître géorgien. Lui pour le coup, un rien démodé, malgré sa classe. La danse ne gagne pas toujours sur le temps, et la jeunesse et le talent des interprètes n’y peuvent rien changer.

Jacqueline Thuilleux

Nice, Opéra, 15 avril 2011

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Photo : D. Jaussein
 

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