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2ème Académie de Musique Française pour Piano de l’Ecole Normale de Musique de Paris Alfred Cortot – « Nous avons des valeurs à défendre »

Les choses bougent à l’Ecole Normale de Musique Alfred Cortot depuis l’arrivée à sa direction, début 2013, de Françoise-Noël Marquis. Le réveil de la vénérable institution du boulevard Malesherbes passe par un retour à ce qui fut à l’origine de sa fondation en 1919 par Alfred Cortot et Auguste Mangeot. On l’ignore souvent mais, à sa création, l’Ecole Normale était placée sous les auspices du ministère des Affaires Etrangères et l’établissement se donnait pour mission première la formation d’étudiants étrangers à l’interprétation de la musique française.

L’importance de ce répertoire pour l’Ecole Normale a conduit sa directrice à inviter Jean-Philippe Collard (photo) à prendre la direction artistique d’une Académie de Musique Française pour Piano. « L’idée d’une entreprise de ce genre germait dans mon esprit depuis un certain temps déjà », confie l’artiste. Mû par l’envie d’agir en faveur « d’un répertoire fabuleux », il a accepté avec enthousiasme la proposition, conscient d’un mission à accomplir en des temps où « la mondialisation de la vie musicale fait que dans les conservatoires, les professeurs rôdent leur élèves aux pièces les plus spectaculaires, qu’ils trouveront sur la route des concours internationaux, dont le désormais inévitable 3èmeConcerto de Rachmaninov. » Et si « Gaspard de la Nuit reste très prisé dans les concours, c’est l’exception qui confirme la règle de la désertification de la musique française dans les grandes compétitions internationales. »

« La musique française ne se joue pas comme la musique allemande ou la musique russe, souligne J.-P.Collard ; il faut une articulation, savoir faire appel à son imaginaire, traduire les couleurs, les nuances, les brumes et les rayons de soleil. Nous avons un tas de choses à ne pas laisser mourir. On a beaucoup médit d’une certaine école française – Jeanne-Marie Darré, Jean Doyen, etc. –, un école qui était certes un peu dans son refuge, mais qui savait ce qu’étaient l’articulation, le son clair, léger. Nous avons des valeurs à défendre. »

Pour mener cette tâche à bien, le directeur artistique a donc établi une liste de collègues attachés à la musique française. La presque totalité des pianistes pressentis ont répondu positivement à sa proposition et l'équipe pédagogique a de quoi impressionner. Pour la 1ère Académie en 2016-2017, Henri Barda, Jean-Efflam Bavouzet, Michel Béroff, Philippe Bianconi, Bertrand Chamayou, Philippe Entremont, Marie-Catherine Girod, Claire-Marie Le Guay, David Lively, Jean-Claude Pennetier, Anne Queffélec, Bruno Rigutto, Pascal Rogé, Jacques Rouvier et Françoise Thinat étaient aux côtés de J.-P. Collard. Preuve du succès – et de la légitimité – de l’Académie, tous ces pianistes sont de retour en 2017-2018, à l’exception de J.-E. Bavouzet – bien navré de ne pouvoir participer cette fois, pour des raisons d’agenda – que remplace Pascal Devoyon.

L'Ecole Normale de Musique Alfred Cortot © DR

Si l’Ecole Normale, à quatre reprises durant la saison (pendant les périodes de vacances ; en novembre, février, avril et juillet) met ses locaux et son parc de pianos à la disposition de l’Académie, résolvant de ce fait les problèmes logistiques, il a fallu pour le directeur artistique songer à la rémunération des professeurs et donc obtenir le soutien de mécènes.

Ainsi la 1ère Académie a-t-elle été lancée en novembre 2016. « Une ambiance merveilleuse y régnait, se souvient J-P. Collard. Nous avons vu les élèves arriver avec beaucoup d’incontournables du répertoire français (dont Gaspard de la nuit évidemment), mais relevé avec plaisir des choix originaux : la musique des clavecinistes, Boulez. On a trouvé beaucoup de Fauré aussi - le succès de la Ballade ne se dément pas ! »
Cette première édition avait par ailleurs mit l’accent sur la musique d’Albert Roussel, afin de pousser les étudiants à la curiosité et lutter contre la propension à se tourner systématiquement vers la trinité Fauré-Debussy-Ravel. L’auteur de Padmâvatî fera à nouveau l’objet d’une master class lors d’une 2ème Académie dont le fonctionnement ne change pas fondamentalement.

Sélectionnés sur dossier (comprenant un enregistrement audio ou vidéo) par le directeur artistique, les élèves sont invités à donner une liste de trois professeurs avec lesquels ils souhaitent travailler. A chaque session, ils bénéficient d’un cours quotidien et ont accès à l’ensemble des cours en tant qu’auditeur. Des auditeurs dont le nombre s’accroîtra cette année puisque les cours vont être ouverts à des professeurs de conservatoire et d’école de musique.

Après une 1ère Académie qui à partir de vingt candidatures avait sélectionné une douzaine d’élèves, on peut s’attendre à voir leur nombre augmenter cette année ­– même si J.-P. Collard ne souhaite pas multiplier à l’excès le nombre de participants. Signe positif, beaucoup d’étudiants de la 1ère Académie souhaitent revenir et, de plus, un système de bourse (couvrant le montant des frais d’inscription ; de 900 € pour l’année) a été mis place, offrant à chacun des seize professeurs la possibilité d’en faire bénéficier un élève de son choix.

Un expérience singulière et, à coup sûr, marquante s’annonce pour les étudiants, du fait de la personnalité des professeurs impliqués évidemment, mais aussi de l’atmosphère unique de l’Ecole Normale – un lieu chargé d’histoire dont « les murs suintent la musique », comme l’a si joliment dit Bruno Rigutto.
 
Alain Cochard
(entretien avec Jean-Philippe Collard réalisé le 20 septembre 2017)

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2ème Académie de Musique Française pour Piano
4 sessions ( 2-4 novembre 2017, 23-25 février 2018, 27-29 avril 2018, 2-5 juillet 2018)
Paris – Ecole Normale de Musique Alfred Cortot
frenchmusicpianoacademy.com/
 
Photo © DR

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